‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 297 sur 488 · FÉLIX, ALBIN · texte numérisé non relu

FÉLIX, ALBIN

Je me fais violence, Albin, mais je l'ai du4; Ma bonté naturelle aisément m'eût perdu. Que la rage du peuple à présent se déploie,

1. C'est la réponse que faisaient ;entre tant d'autres les martyrs de

Lyim, à leurs juges, dès le temps de |Marr-Aurèle.

2. La gloire dont parle Polyeucte, [c'est l'état glorieux des élus dans le ciel, Icet éclat de la vie céleste, cette splen- I leur divine dont l'auréole des peintres |est l'image. Cf. supra, vers 1263.

« Corneille, qui se connaissait [ii bien en sublime a senti que l'a- (nour pour la religion pouvait s'élever

au dernier degré d'enthousiasme, puisque le chrétien aime Dieu comme la souveraine beauté et le ciel oomme sa patrie. )> (Chateaubriand. Génie du Christianisme, III, 8.)

4. Cette scène, bien loin d'être un vain remplissage scénique. ainsi qu'on l'affirme, montre admirablement par quels sophismes une conscience coupable essaie de donner le change à ses remords.

272 POLYEUCTE

Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie,

M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté.

Mais n'es-tu point surpris de cette dureté? 169*

Vois-tu, comme le sien, des cœurs impénétrables,

Ou des impiétés à ce point exécrables?

Du moins j'ai satisfait mon esprit affligé :

Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé;

J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes : icas

Et certes, sans l'horreur de ses derniers blasphèmes,

Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi,

J'aurais eu de la peine à triompher de moi.

ALBIN

Vous maudirez peut-être un jour cette victoire,

Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, 1 ~oo

Indigne de Félix, indigne d'un Romain,

Répandant votre sang par votre propre main.

FÉLIX

Ainsi l'ont autrefois versé Brute et Manlie;

Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affaiblie;

Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang, nos

Ils eussent, pour le perdre, ouvert leur propre flanc.

ALBIN

Votre ardeur vous séduit; mais, quoi qu'elle vous die1,

Quand vous la sentirez une fois refroidie,

Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir

Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir... ith

FÉLIX

Tu me fais souvenir qu'elle a suivi ce traître,

Et que ce désespoir qu'elle fera paraître

De mes commandements pourra troubler l'effet :

Va donc y donner ordre, et voir ce qu'elle fait;

Romps* ce que ses douleurs y donneraient d'obstacle; ni'

Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle :

Tâche à- la consoler. Va donc; qui te retient?

ALBIN

Il n'en est pas besoin, seigneur; elle revient.

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