‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 300 sur 488 · ACTE V. SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE V. SCÈNE VI

Pour son persécuteur prie un Dieu tout-puissant;

Son amour épandu sur toute la famille 1775

Tire après lui le père aussi bien que la fille.

J'en ai fait un martyr, sa mort me fait chrétien :

J'ai fait tout son bonheur, il veut faire Je mien.

C'est ainsi qu'un chrétien se venge et se courrouce :

Heureuse cruauté dont la suite est si douce! !7so

Donne la main. Pauline. Apportez des liens;

Immolez à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens.

Je le suis, elle l'est; suivez votre colère1.

VAX -UNE.

Qu'heureusement enfin je retrouve mon père!

Cet heureux changement rend mon bonheur parfait. i7$5

FEUX

Ma fille, il n'appartient qu'à la main qui le fait.

SÉVÈRE

Qui ne serait touché d'un si tendre spectacle2!

De pareils changements ne vont point sans miracle :

Sans doute vos chrétiens qu'on persécute en vain

Ont quelque chose en eux qui surpasse l'humain; 1790

Ils mènent une vie avec tant d'innocence,

Que le ciel leur en doit quelque reconnaissance :

Se relever plus forts, plus ils sont abattus3,

N'est pas aussi l'effet des communes vertus.

Je les aimai toujours, quoi qu'on m'en ait pu dire; 179%

Je n'en vois point mourir que mon cœur n'en soupire;

Ct peut-être qu'un jour je les connaîtrai mieux \

J'approuve cependant que chacun ait ses dieux,

Qu'il les serve à sa mode, et sans peur de la peine.

Si vous êtes chrétien, ne craignez plus ma haine; isoo

le les aime. Félix, et de leur protecteur

le n'en veux pas sur vous faire un persécuteur.

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