ACTE QUATRIÈME
Cornélie. qui se déclare l'ennemie de César, veut bien le combattre à Iront découvert; elle ne veut pas profiter contre lui des embûches ténébreuses que lui tend Ptolémée. Avec une sublime grandeur d'àme, elle l'avertit en loyale adversaire, du danger qui le menace.
LÉPIDE, CHARMIOX, romains
GORNÉLIE
César, prends garde à toi :
Ta mort est résolue, on la jure, on l'apprête; A celle de Pompée, on veut joindre ta tète. Prends-y garde, César, ou ton sang répandu Bientôt parmi le sien se verra confondu. Mes esclaves en sont; apprends de leurs indices L'auteur de l'attentat, et l'ordre, et les complices : Je te les abandonne.
césar 0 cœur vraiment romain, Et digne du héros qui vous donna la main! Ses mânes, qui du ciel ont vu de quel courage, Je préparais la mienne ' à venger son outrage. Mettant leur haine bas, me sauvent aujourd'hui Par la moitié qu'en terre il nous laisse de lui. Il vit, il vit encore en l'objet de sa flamme, Il parle par sa bouche, il agit dans son âme; .11 la pousse, et l'oppose à cette indignité Pour me vaincre par elle en générosité.
Tu te flattes. César, de mettre en ta croyance- Que la haine ait fait place à la reconnaissance : Ne le présume plus; le sang de mon époux A rompu pour jamais tout commerce entre nous. J'attends la liberté qu'ici tu m'as offerte, Afin de l'employer tout entière à ta perte; Et je te chercherai partout des ennemis, Si tu m'oses tenir ce que tu m'as promis. Mais avec cette soif que j'ai de ta ruine, I Je me jette au-devant du coup qui t'assassine,
I Cornélie ne se laisse point désarmer par l 1. La mienne = ma main, et plus I l'admiration, et la surprise n'exclut pas bas, la moitié = la veuve de Pompée. I en elle le désir de la vengeance. I
296 POMPÉE
Et forme des désirs avec trop de raison
Pour en aimer l'effet par une trahison :
Qui la sait et la souffre a part à l'infamie.
Si je veux ton trépas, c'est en juste ennemie :
Mon époux a des fils; il aura des neveux :
Quand ils te combattront, c'est là que je le veux.
Et qu'une digne main par moi-même animée,
Dans ton champ de bataille, aux yeux de ton armée,
T'immole noblement, et par un digne effort,
Aux mânes du héros dont tu venges la mort.
Tous mes soins, tous mes vœux hâtent cette vengeance :
Ta perte la recule, et ton salut l'avance.
Quelque espoir qui d'ailleurs me l'ose ou puisse offrir,
Ma juste impatience aurait trop à souffrir :
La vengeance éloignée est à demi perdue,
Et quand il faut l'attendre, elle est trop cher vendue.
Je n'irai point chercher sur les bords africains
Le foudre1 souhaité que je vois en tes mains :
La tète qu'il menace en doit être frappée.
J'ai pu donner la tienne, au lieu d'elle, à Pompée2 :
Ma haine avait le choix; mais cette haine enfin
Sépare son vainqueur d'avec son assassin,
Et ne croit avoir droit de punir ta victoire
Qu'après le châtiment d'une action si noire.
Rome le veut ainsi; son adorable front Aurait de quoi rougir d'un trop honteux affront, De voir en même jour, après tant de conquêtes, Sous un indigne fer ses deux plus nobles tètes. Son grand cœur, qu'à tes lois en vain tu crois soumis, En veut aux criminels plus qu'à ses ennemis, Et tiendrait à malheur le bien de se voir libre. Si l'attentat du Nil affranchissait le Tibre. Comme autre qu'un Romain n'a pu l'assujettir, Autre aussi qu'un Romain ne l'en doit garantir. Tu tomberais ici sans être sa victime ; Au lieu d'un châtiment ta mort serait un crime; Et, sans que tes pareils en conçussent d'effroi. L'exemple que tu dois périrait avec toi. Venge-la de l'Egypte à son appui fatale,