‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 332 sur 488 · PRINCESSE DES PARTHES · texte numérisé non relu

PRINCESSE DES PARTHES

Tragédie

Rodogune est de toutes les tragédies de Corneille celle qui avait ses prédilections les plus marquées. Les raisons n'en sont pas douteuses : bien que les grandes lignes du sujet soient empruntées aux Guerres de Syrie d'Appien, il n'est pas de pièce qui soit plus à lui, qui témoigne d'une plus rare puissance d'invention ou de combinaison dramatique. De plus, l'action n'y est ralentie par aucun intérêt épisodique, et, du premier vers jusqu'au dernier, la pièce n'est que le conilit tragique de deux caractères durs entre lesquels se trouvent écrasés deux caractères faibles. Enfin, si les héros de Corneille sont essentiellement des êtres de logique et de volonté, la plus forte peinture qu'il ait jamais laissée de l'énergie maîtresse d'elle-même et de l'audace calculée dans le crime, c'est assurément Cléopâlre. Aussi l'intrigue a- beau être atroce et se réduire en quelque manière à une partie carrée d'assassinat; le style lui-même peut être négligé et obscur : la situation principale n'en est pas moins l'une des plus saisissantes qu'offre le théâtre, et l'on ne saurait pas jusqu'où peut aller l'horreur tragique si l'on ne possédait le cinquième acte de Rodogune.

Peu de mois sont nécessaires pour en aborder la lecture : Antiochus et Séleucus, deux frères unis par une sainte amitié, aiment l'un et l'autre Rodogune. Cette princesse, haineuse et cruelle, n'épousera que celui des deux frères qui tuera leur mère Cléopâtre, reine de Syrie. Non moins emportée dans ses fureurs, Cléopâtre de son côté ne laissera le trône qu'à celui de ses deux enfants qui tuera Rodogune. Exaspérée de leur refus, elle chasse la nature de son cœur, et fait assassiner en secret Séleucus : elle n'en restera pas là ; elle ne veut pas abandonner le trône ni se venger à demi.

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