LA SUITE DU MENTEUR
Comédie
Le succès du Menteur engagea Corneille à lui donner une suite, dont il emprunta le sujet à une comédie de Lope de Vega, Aimer sans sJ voir qui. Si Dorante, au témoignage de l'auteur lui-même, « a perd! presque toutes ses grâces avec ses mauvaises habitudes et semble avoir quitté la meilleure partie de ses agréments, en voulant se corriger de ses défauts, son valet Cliton montre plus de verve et d'esprit que jamais. Retrouvant son maître en prison, dans la maison du Roi. après deux ans d'absence :
Vous êtes en prison et n'avez point d'argent : Vous serez criminel !
s'écrie-t-il, et bientôt, pour comble de malheurs, il lui apprend que son nom est maintenant jilus décrié que la fausse monnaie : une comén die, qui n'est autre que le Menteur, a répandu partout son histoire :
La pièce a réussi, quoique faible de style,
Et d'un nouveau proverbe elle enrichit la ville;
De sorte qu'aujourd'hui presque, en tous les quartiers,
On dit, quand quelqu'un ment, qu'il revient de Poitiers,
En vain Dorante lui proteste qu'il est corrigé de ses mensonges : Cliton ne tarde pas à le prendre sur le fait : sa conversion est un mensonge de plus. Il ne lui reste plus qu'à la jurer par le dieu des menteurs. Mais non, Dorante mentira toujours et mourra dans sa peau :
Je me tiens au proverbe : oui, courez, voyagez, Je veux être guenon si jamais vous changez. Vous mentirez toujours. Monsieur, sur ma parole!
La Suite du Menteur est terminée par une espèce d'épilogue où l'on voit Cliton, longtemps avant le Dorante de Molière (V. Critique de l'École des femmes, scène, C) se moquer de l'étalage des règles et des mots savants :
Mais, grâces au bon Dieu, nous nous y connaissons... Et nous savons que c'est que de péripétie,
Catastase, épisode, unité, dénoùment,
Et quand nous en parlons, nous parlons congrûment.
On voit que Clilon aurait pu fournir des mots d'un effet suflisamment rébarbatif à ce bon M. Lysidas, si fort sur la protase, Vêpitase et\a péripétie.