ANDROMEDE
Tragédie
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Andromède est une féerie à grand spectacle, inspirée des Métamorphoses d'Ovide. L'oracle de Vénus annonçant »|u" Andromède ce soir aura l'illustre époux qui seul est digne d'elle et dont seule elle est digne », l'oracle de Neptune répondant qu' •< Andromède ici-bas n'aura jamais d'époux ». Jupiter déclarant enfin, pour accorder les deux prédictions, que son fils Persée épousera Andromède, mais que « des noces de son fils la terre n'est pasdigne », ce sontlà d'heureux prétextes à figurations et à machines. Mais dans une pièce qui « n'est que pour les yeux ». Corneille n'a pas laissé d'écrire quelques beaux vers, témoin le prologue lyrique ou Melpomèneet le Soleil, debout dans les nues sur son quadrige, célèbrent a l'envi la gloire du roi :
Cieu.v, ('-coûtez; écoutez, mers profondes;
Et vous, antres et Lois, Affreux déserts, rochers battus des ondes. Kedites après nous d'une commune voix : Louis est le plus jeune et le plus grand des rois.
On aime à découvrir dans cette strophe comme un premier dessin de l'ode prophétique de Racine :
Cienx. écoutez ma voix : terre, prête Toreille : et en même temps comme un vague linéament de la belle stance de Lamartine Prrniières MétOtationa, Le Laci :
O lac ! rochers muets ! grotte, forêts obscirres !
DON SÀNCHE D'ARAGON
Comédie héroïque
Préface de Don Sanche. — La Préface de Don Sanche est célèbre par la théorie du drame bourgeois qui s'y trouve pour la première fois esquissée : la vue des malheurs arrivés aux personnes de notre condition et à qui nous ressemblons tout à fait, n'est-elle pas plus émouvante que l'image des infortunes qui font trébucher de leurs trônes les grands monarques avec qui nous n'avons aucun rapport? Telle est la question que se pose Corneille et à laquelle Don Sanche ne peut à la vérité servir de réponse, puisque la pièce se passe entre des personnages de rang illustre et qu'elle est simplement une tragi-comédie, ou, comme disait Corneille, une comédie héroïque.
Sources de Don Sanche. — Les données principales en sont empruntées à deux œuvres espagnoles : Le Palais en désordre, de Lope de Vega et Dom Pelage, de Juvenel. On trouve en particulier dans ce dernier roman la scène de la reconnaissance (V, 4) avec ses diverses péripéties. Mais ce que Corneille doit surtout à l'Espagne, c'est le caractère éminemment romanesque de son drame. Don Sanche ne renouvelle pas seulement les exploits merveilleux des Amadis et des Esplandian ; sa fortune a, comme la leur, les plus étranges vicissitudes ; comme eux, il est entouré de princesses éprises de chevalerie, et son existence protégée par les mêmes fées, aussi charmantes que capricieuses, semble être un voyage dans le pays de la fantaisie. Si l'honnête licencié qui prit à tâche de guérir don Quichote en brûlant ses romans avait réussi à en faire un complet autodafé, on retrouverait au moins la substance et l'esprit de la littérature chevaleresque de l'Espagne dans le Don Sanche de Corneille.
Intérêt moral de Don Sanche. — Ce qu'on ne trouve pas pourtant dans ces romanesques récits, c'est le développement logique et harmonieux d'un caractère. Tel est au contraire le mérite singulier de don Sanche. Le héros ne cesse de grandir sous nos yeux à mesure qu'il rencontre au dehors et surtout au dedans de lui de nouveaux adversaires. L'ambition s'est fait jour dans le cœur du soldat de fortune : il est trop loyal pour ne pas avouer l'obscure naissance qui y fait obstacle. La tendresse non équivoque de la reine vient troubler son cœur : il a trop de vraie noblesse pour ne pas immoler à la piété filiale jusqu'à la dernière espérance de son amour. On voit que par la magnanimité de ses sentiments, au moins autant que par la vaillance de son bras, don Sanche est le digne frère d'un Rodrigue ou d'un Nicomède.