‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 376 sur 488 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Quelques biens toutefois que le ciel me renvoie,

Mon cœur épouvanté se refuse à la joie :

Je vous vois à regret, tant mon cœur amoureux

Trouve la cour pour vous un séjour dangereux. 10

Votre marâtre y règne; et le roi votre père

Ne voit que par ses yeux, seule la considère,

Pour souveraine loi n'a que sa volonté :

Jugez après cela de votre sûreté.

La haine que pour vous elle a si naturelle1 is

A mon occasion encor se renouvelle.

Votre frère son fils, depuis peu de retour...

NICOMÈDE

Je le sais, ma princesse, et qu'il vous fait la cour2.

Je sais que les Romains, qui l'avoient en otage,

L'ont enfin renvoyé pour un plus digne ouvrage; -20

Que ce don à sa mère étoit le prix fatal

Dont leur Flaminius marchandait Annibal3;

Que le roi par son ordre eût livré ce grand homme,

S'il n'eût par le poison lui-même évité Rome,

Et 'rompu par sa mort les spectacles pompeux 25

Où4 l'effroi de son nom le destinait chez eux.

Par mon dernier combat je voyais réunie

La Cappadoce entière avec la Bithynie,

Lorsqu'à cette nouvelle, enflammé de courroux

D'avoir perdu mon maître , et de craindre pour vous, 30

J'ai laissé mon armée aux mains de Théagène,

Pour voler en ces lieux au secours de ma reine.

Vous en aviez besoin, Madame, et je le voi3,

Puisque Flaminius obsède encor le roi.

Si de son arrivée Annibal fut la cause, as

Lui mort, ce long séjour prétend quelque autre chose0;

Et je ne vois que vous qui le puisse arrêter7,

Pour aider à mon frère8 à vous persécuter.

LAODICE

Je ne veux point douter que sa vertu romaine

N'embrasse avec chaleur l'intérêt de la reine : 40

Annibal, qu'elle vient de lui sacrifier,

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