ACTE I, SCÈNE I
3Ti
Seigneur, votre retour, loin de rompre ses coups,
Vous expose vous-même, et m'expose après vous.
Comme il est fait sans ordre, il passera pour crime;
Et vous serez bientôt la première victime
Que la mère et le fils, ne pouvant m'ébranler,
Pour m'ôter mon appui se voudront immoler1.
Si j'ai besoin' de vous de peur qu'on me contraigne2,
J'ai besoin que le roi, qu'elle-même vous craigne.
Retournez à l'armée, et pour me protéger
Montrez cent mille bras tout prêts à me venger.
Parlez la force en main, et hors de leur atteinte :
S'ils vous tiennent ici, tout est pour eux sans crainte;
Et ne vous flattez point ni sur votre grand cœur,
Ni sur l'éclat d'un nom cent et cent fois vainqueur;
Quelque haute valeur que puisse être la vôtre,
Vous n'avez en ces lieux que deux bras comme un autre;
Et fussiez-vous du monde et l'amour et l'effroi,
Quiconque entre au palais porte sa tête au roi.
Je vous le dis encor, retournez à l'armée;
Ne montrez à la cour que votre renommée;
Assurez votre sort pour assurer le mien;
Faites que l'on vous craigne, et je ne craindrai rien.
NICOMÈDE
Retourner à l'armée! ah! sachez que la reine
La sème d'assassins achetés par sa haine. i
Deux s'y s'ont découverts, que j'amène avec moi
Afin de la convaincre et détromper le roi3.
Quoiqu'il soit son époux, il est encor mon père;
Et quand il forcera la nature à se taire,
Trois sceptres à son trône attachés par mon bras i
Parleront au lieu d'elle, et ne se tairont pasv.
Que si notre fortune à ma perte animée (
La prépare à la cour aussi bien qu'à l'armée,
Dans ce péril égal qui me suit en tous lieux,
*M'envierez-vous l'honneur de mourir à vos yeux?
LAODIf.E
Non, je ne vous dis plus désormais que je tremble , Mais que, s'il faut périr, nous périrons ensemble5.