‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 4 sur 488 · MELITE · texte numérisé non relu

MELITE

« Voilà une jolie bagatelle .' » s'écria, dit-on, le vieux poète Hardy à une représentation de Mélite. Simple bluette en effet, mais d'une telle nouveauté qu'en son genre elle produisit une révolution dramatique à peine moins importante que celle du Cid. Ce n'était plus le ton des livres, mais celui du monde: les grotesques de la farce faisaient place à des personnages de bonne compagnie; jamais enfin on n'avait entendu • ce style naïf, qui. selon les termes mêmes de Corneille, fait une peinture de la société des honnêtes gens ».

L'intrigue fort embrouillée n'offre à la vérité qu'un intérêt médiocre: mais on rencontre ici et là nombre de vers comiques, comme Corneille était alors seul capable d'en écrire : ainsi, quand Tircis raille avec un tour de plaisanterie si piquant la mode qui régnait alors de parler aux dames un langage ridiculement affecté :

La mode nous oblige à cette complaisance; Tous ces discours de livre alors sont de saison : Il faut feindre des maux, demander g-uérison, Donner sur le phébus, promettre des miracles, Jurer qu'on brisera toute sorte d'obstacles; Mais du vent et cela doivent être tout un l\...

avec une assurance amusante, il se pique d'un esprit froidement calculateur qui ne tardera pas. on le devine, à se démentir de la façon la plus plaisante :

Je règle mes désirs suivant mon intérêt. Si Doris me voulait toute laide qu'elle est , Je l'estimerais plus qu'Aminte et qu'Hippolyte : Son revenu cbez moi tiendrait lieu de mérite :

1. Cf. Molière (Misanthrope , I, 3) : Ce style figuré dont ou fait vanité...*

2 CLITANDKE

C'est comme il faut aimer. L'abondance des biens Pour l'amour conjugal a de puissants liens... La beauté, les attraits, l'esprit, la bonne mine Échauffent bien le cœur, mais non pas la cuisine'. L'argent dans le ménage a certaine splendeur Qui donne un teint d'éclat à la même laideur2, Et tu ne peux trouver de si douces caresses, Dont le goût dure autant que celui des richesses.

Corneille, dans l'examen de Mélite, dit qu'il n'eut pour guide qu'un peu de sens commun. On ne saurait à la fois être plus modeste, et donner plus complètement raison à la théorie de M. J. Chénier :

C'est le bon sens, la raison qui l'ait tout... Esprit, raison qui finement s'exprime... Le goût n'est rien qu'un bon sens délicat. Et le génie est la raison sublime.

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