V. Or
2. Ou la nature = ou moi, votre héritier naturel. — Quel plus noble moyen de rendre du cœur à ce roi dé-
généré, que de braver en face, .avec cette mâle intrépidité, les Romains dont Prusias est le misérable jouet?
NICOMÈDE
Ou pour le consulat, ou pour la dictature.
FLAMINIUS, à Prusias.
Seigneur, dans ce discours qui nous traite si mal, Vous voyez un effet des leçons d'Annibal; Ce perfide ennemi de la grandeur romaine N'en a mis en son cœur que mépris et que haine.
NICOMÈDE
Non, mais il m'a surtout laissé ferme en ce point, D'estimer beaucoup Rome, et ne la craindre point. On me croit son disciple, et je le tiens à gloire; Et quand Flaminius attaque sa mémoire, Il doit savoir qu'un jour il me fera raison D'avoir réduit mon maître au secours du poison, Et n'oublier jamais qu'autrefois ce grand homme Commença par son père à triompher de Rome1.
FLAMINIUS
Ah ! c'est trop m'outrager !
N'outragez plus les morts.
PRUSIAS
Et vous, ne cherchez point à former de discords*; Parlez, et nettement, sur ce qu'il me propose.
NICOMÈDE
Eh bien! s'il est besoin de répondre autre chose, Attale doit régner, Rome l'a résolu:
Et puisqu'elle a partout un pouvoir absolu, C'est aux rois d'obéir alors qu'elle commande. Attale a le cœur grand, l'esprit grand, l'âme grande, Et toutes les grandeurs dont se fait un grand roi2. Mais c'est trop que d'en croire un Romain sur sa foi; Par quelque grand effet vovons s'il en3 est digne, S'il a cette vertu, cette valeur insigne Donnez-lui votre armée, et voyons ces grands coups; Qu'il en fasse pour lui ce que j'ai fait pour vous; Qu'il règne avec éclat sur sa propre conquête,
1. Aoinibal défit P. Scipion au Testai et à la Trébie avant de vaincre à Trasimèue Flaminius, le prétendu père
*de Tambassadeur.
2. Répétition ironique dont ou ne comprend pas que les comédiens du dix-huitième siècle aient méconnu l'effet théâtral : varier ici les épithè"
tes, c'est perdre un effet que Mlle de Scudéry elle-même n'avait pas négligé : <( Vous avez, fait-elle dire ; Cyrus à Thomyris, une grande beauté, un grand esprit, un grand cœur et mille grandes qualités. »
3. En = d'être fait roi, et ti vers plus bas. de cette armée.