ACTE II, SCENE III
II n'est que gardien de leur illustre prix,
Et ce n'est que pour vous que vous avez conquis, 6 70
Puisque cette grandeur à son trône attachée
Sur nul autre que vous ne peut être épanchée.
Certes, je vous croyais un peu plus généreux :
Quand les Romains le sont, ils ne font rien pour eux
Scipion, dont tantôt vous vantiez le courage: 675
Ne voulait point régner sur les murs de Carthage;
Et de tout ce qu'il fit pour l'empire romain
Il n'en eut que la gloire et le nom d'Africain '.
Mais on ne voit qu'à Rome une vertu si pure ;
Le reste de la terre est d'une autre nature. 6&o
Quant aux raisons d'État qui vous font concevoir Que nous craignons en vous l'union du pouvoir, Si vous en consultiez des tètes bien sensées, Elles vous déferaient de ces belles pensées : Par respect pour le roi je ne dis rien de plus, 685
Prenez quelque loisir de rêver là-dessus; Laissez moins de fumée à vos feux militaires"2, Et vous pourrez avoir des visions plus claires.
NICOMÈDE
Le temps pourra donner quelque décision
Si la pensée est belle, ou si c'est vision.
Cependant... 690
KLAMIXU'S
Cependant, si vous trouvez des charmes A pousser plus avant la gloire de vos armes, Nous ne la bornons point; mais, comme il est permis Contre qui que ce soit de servir ses amis, Si vous ne le savez, je veux bien vous l'apprendre, a'^-s
Et vous en donne avis pour ne vous pas surprendre.
Au reste, soyez sur que vous posséderez Tout ce qu'en votre cœur déjà vous dévorez; Le Pont sera pour vous avec la Calatie, Avec la Cappadoce, avec la Ritbynie3. 7oo
1. Au tableau si juste à la fois et si Bévère que Nicomède a tracé de 'la politique romaine, Flaminius ne répand que par un éloquent sophisme. L'exemple de Scipion, simple citoyen romain, ne prouve rien contre Nicomède qui est prince et a droit à sa conquête.