ACTE III, SCÈNE IV
LAODICE
Je ne sais pas, Seigneur, quelle en sera la suite ;
Mais je ne comprends point toute cette conduite,
Ni comme à cet éclat la Reine vous contraint.
Plus elle vous doit craindre, et moins elle vous craint-, 070
Et plus vous la pouvez accabler d'infamie,
Plus elle vous attaque en mortelle ennemie.
Elle prévient ma plainte, et cherche adroitement
A la faire passer pour un ressentiment;
Et ce masque trompeur de fausse hardiesse 9-5
Nous déguise sa crainte et couvre sa faiblesse.
LAODICE
Les mystères de cour souvent sont si cachés Que les plus clairvoyants y sont bien empêchés*.
Lorsque vous n'étiez point ici pour me défendre, Je n'avais contre Attale aucun combat à rendre; 980
Rome ne songeait point à troubler notre amour : Rien plus, on ne vous souffre ici que ce seul jour; Et dans ce même jour Rome, en votre présence, Avec chaleur pour lui presse mon alliance. Pour moi, je ne vois goutte ' en ce raisonnement 98 3
Qui n'attend point le temps de votre éloignement, Et j'ai devant les yeux toujours quelque nuage Qui m'offusque la vue et m'y jette un ombrage*. Le roi chérit sa femme, il craint Rome; et, pour vous, S'il ne voit vos hauts faits d'un œil un peu jaloux, 990
Du moins, à dire tout, je ne saurais vous taire Qu'il est trop bon mari pour être assez bon père. Voyez quel contre-temps Attale prend ici ! Qui l'appelle avec nous? quel projet? quel souci? Je conçois mal, Seigneur, ce qu'il faut que j'en pense, 993 Mais j'en romprai le coup, s'il y faut ma présence. Je vous quitte.
1. V. Or., 37. C'est le cas de dire 1 nimité ne doit pas compte à la pruavec Vauvenargues, ■( que la magna- I dence de ses motifs ».