SCENE I
PRUSIAS, ARSLNOE, ARASPE
PRUSIAS
Faites venir le prince, Araspe.
(Araspe rentre.)
Et vous, Madame, Retenez des soupirs dont vous me percez l'âme. Quel besoin d'accabler mon cœur de vos douleurs, Quand vous y pouvez tout sans le secours des pleurs? Quel besoin que ces pleurs prennent votre défense? Douté-je de son crime ou de votre innocence? Et reconnaissez-vous que tout ce qu'il m'a dit Par quelque impression ébranle mon esprit ' ?
AHSINOÉ
Ah! Seigneur, est-il rien qui répare l'injure Que fait à l'innocence un moment d'imposture? Et peut-on voir mensonge assez tôt avorté Pour rendre à la vertu toute sa pureté? Il en reste toujours quelque indigne mémoire Qui porte une souillure à la plus haute gloire. Combien en votre cour est-il de médisants! Combien le prince a-t-il d'aveugles partisans, Qui, sachant une fois qu'on m'a calomniée, Croiront que votre amour m'a seul justifiée? Et si la moindre tache en demeure à mon nom. Si le moindre du peuple en conserve un soupçon, Suis-je digne de vous, et de telles alarmes Touchent-elles trop peu pour mériter mes larmes?
PRUSIAS
Ah ! c'est trop de scrupule, et trop mal présumer D'un mari qui vous aime et qui vous doit aimer. La gloire est plus solide après la calomnie,
1. Prusias n'a pas moins peur de mécontenter sa femme que d'irriter les Romains. Le double avilissement îles premiers princes Orientaux dans leur
Etat et dans leur famille ne pouvait être peint à la fois avec plus de profondeur morale et de perspicacité historique.
iNICÛMÉDE
Et brille d'autant mieux qu'elle s'en vit ternie. Mais voici ^Nicomède, et je veux qu'aujourd'hui.