ACTE II, SCÈNE VIII
Couler à gros bouillons de sou généreux flanc1; Ce sang qui tant de fois garantit vos murailles. Ce sang qui tant de fois vous gagna des batailles , Ce sang qui tout sorti fume encor de courroux De se voir répandu pour d'autres que pour vous, Qu'au milieu des hasards n'osait verser la guerre, Rodrigue en votre cour vient d'en couvrir la terre. J'ai couru sur le lieu, sans force et sans couleur; Je l'ai trouvé sans vie. Excusez ma douleur, Sire, la voix me manque à ce récit funeste; Mes pleurs et mes soupirs vous diront mieux le reste.
D. FEHNAND
Prends courage, ma tille, et sache qu'aujourd'hui Ton roi te veut servir de père au lieu de lui.
CH1MÈXE
Sire, de trop d'honneur ma misère est suivie. Je vous l'ai déjà dit, je l'ai trouvé sans vie; Son flanc était ouvert; et, pour mieux m'émouvoir, Son sang sur la poussière écrivait mon devoir; Ou plutôt sa valeur en cet état réduite Me parlait par sa plaie, et hâtait ma poursuite -; Et pour se faire entendre au plus juste des rois, Par cette triste bouche elle empruntait ma voix. Sire, ne souffrez pas que sous votre puissance Règne devant vos yeux une telle licence; Que les plus valeureux, avec impunité, Soient exposés aux coups de la témérité; Qu'un jeune audacieux triomphe de leur gloire , Se baigne dans leur sang, et brave leur mémoire. In si vaillant guerrier qu'on vient de vous ravir Éteint, s'il n'est vengé, l'ardeur de vous servir. Enfin mon père est mort, j'en demande vengeance, Plus pour votre intérêt que pour mon allégeance*. Vous perdez en la mort d'un homme de son rang; Vengez-la par une autre, et le sang par le sang. Immolez, non à moi, mais à votre couronne,
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1. Dans le draine espagnol, Chiznène se présente devant le roi avec un mouchoir trempé dans le 3ang- «le son père. Le spectacle est devenu simple figure de style ; la chose s'est transformée en idée.