‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 453 sur 488 · LÀ TOISON D'OR · texte numérisé non relu

LÀ TOISON D'OR

Tragédie

La Toison d'Or est un opéra mythologique dont les beaux vers durent enchanter les lettrés, alors familiers avec les souvenirs de la Fable et fidèles au culte de l'antiquité. Le charme lointain des époques légendaires de la Grèce y était en effet rendu avec un sentiment des plus profonds et quelques-unes des pages de ce poétique libretto faisaient déjà pressentir certaines des inspirations les plus heureuses de Psyché. Ajoutons que les décors, les machines et les costumes achevèrent de composer un spectacle à souhait pour les yeux et contribuèrent au succès de la pièce qui doit compter parmi les plus brillants triomphes de Corneille au théâtre.

Médée, au début du drame, cherche à détourner Jason de sa périlleuse conquête. La Toison d'or est défendue par un dragon affreux et par deux taureaux qui vomissent la flamme.

Va leur faire souffrir le joug et l'aiguillon,

Ouvrir du champ de Mars le funeste sillon :

C'est ce qu'il te faut faire, et dans ce champ horrible

Jeter une semence encore plus terrible.

Qui soudain produira des escadrons armés

Contre la même main qui les aura semés.

Jason ne se laisse pas ébranler, et Médée ne peut se défendre d'aimer un si généreux guerrier. Mais elle apprend bientôt qu'il aime Hypsipyle ; en vain a-t-il triomphé des taureaux magiques : elle le combattra elle-même et lui fera expier ce cruel outrage. Elle se montre donc à cheval sur le dragon, et, posant la toison sur le cou du monstre :

Ce n'est qu'avec le jour qu'elle peut m' être ôtée. Viens donc, viens, téméraire, elle est à ta portée; Viens teindre de mon sang cet or qui t'est si cher, Qu'à travers tant de mers on te force à chercher, Approche, il n'est plus temps que l'amour te retienne : Viens m'arracher la vie, ou m'apporter la tienne.

SERTORIUS 437

Le père de Médée triomphe de voir sa fille renoncer à d'amollissantes tendresses et reprendre son naturel farouche :

A ce digne courroux, je reconnais ma fille;

C'est mon sang dans ses yeux, c'est mon aïeul qui brille,

C'est le Soleil mon père.

Mais déjà l'inconstant Jason a oublié Hypsipyle et, les dieux aidant , il ne lui sera pas difficile de persuader à Médée de prendre avec lui le chemin de la Grèce.

SERTORIUS

Tragédie

Corneille, à 56 ans, retrouva presque tout son génie en écrivant Serlorius. Non seulement la pièce témoigne d'une rare intelligence de l'histoire et les guerres civiles de la République n'ont jamais été rendues avec une exactitude plus savante à la feis et un plus puissant relief; mais le caractère de Sertorius a un genre de beauté qui en fait une création des plus originales : à la grandeui d'âme qui le fait admirer, comme la plupart des héros de Corneille, il joint « ce je ne sais quoi d'achevé que donne le malheur », une tristesse majestueuse, une délicatesse d'àme, un certain sentiment de sa tragique destinée qui le font aimer. Il n'est pas un trait dans la pièce qui ne tende à éveiller en nous celte profonde sympathie pour le héros malheureux.

Dès le début de la pièce, l'éloge de Sertorius, se trouve par un heureux artifice placé dans la bouche du traître qui se propose de l'assassiner. Perpenna, le lieutenant du grand général, fait part au tribun Aufide de ses hésitations et de ses scrupules au moment du crime.

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