‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 459 sur 488 · V. Gr. 38. — 3. V. Gr., 38. Ce dis- I · texte numérisé non relu

V. Gr. 38. — 3. V. Gr., 38. Ce dis- I

SERTORIIS 447

De rendre un si grand homme à ses concitoyens. Il est doux de revoir les murs de la patrie; C'est elle par ma voix, Seigneur, qui vous en prie; C'est Rome...

SERTORIUS

Le séjour de votre potentat, Qui n'a que ses fureurs pour maximes d'État? Je n'appelle plus Rome un enclos de murailles Que ses proscriptions comblent de funérailles; Ces murs, dont le destin fut autrefois si beau. N'en sont que la prison, ou plutôt le tombeau; Mais, pour revivre ailleurs dans sa première force, Avec les faux Romains elle a fait plein divorce; Et, comme autour de moi j'ai tous ses vrais appuis, Rome n'est plus dans Rome, elle est toute où je suis1. Parlons pourtant d'accord. Je ne sais qu'une voie Qui puisse avec honneur nous donner cette joie. Unissons-nous ensemble, et le tyran est bas; Rome à ce grand dessein ouvrira tous ses bras. Ainsi nous ferons voir l'amour de la patrie, Pour qui vont les grands cœurs jusqu'à l'idolâtrie, Et nous épargnerons ces flots de sang r omain Que versent tous les ans votre bras et ma main.

POMPÉE

Ce projet qui pour vous est tout brillant de gloire, N'aurait-il rien pour moi d'une action trop noire? Moi qui commande ailleurs, puis-je servir sous vous?

SERTORIUS

Du droit de commander je ne suis point jaloux ; Je ne l'ai qu'en dépôt et je vous l'abandonne : Non jusqu'à vous servir de ma seule personne; Je prétends un peu plus; mais dans cette union De votre lieutenant m'enviriez-vous le nom?

1. On ne peut trop admirer comment i qu'avec les armées, les villes et l'argent Corneille a su, par la sobre énergie de ' des Espagnols, jamais il ne leur céda

son style, transformer la prose quelque peu molle et traînante de Plutarque :

'( Sertorius avait donné le nom de sénat aux sénateurs qui s'étaient enfuis de Rome et qui étaient avec lui ; il prenait toujours parmi eux ses questeurs et ses lieutenants, ne s'ecartant eu rien des lois et des coutumes de- Romains. Ensuite, ce qui est même plus important, bien qu'il ne fit la guerre

même en paroles la moindre partie de l'autorité souveraine; il leur donna toujours des Romains pour gouverneurs et capitaines, comme n'étant venu que pour rendre la supériorité et la liberté aux Romains, et nullement pour accroître et fortifier les Espagnols à leur préjudice. Car il était véritablement pl.iii d'amour pour sa patrie et possédé du désir d'y retourner. >>

448 SERTORIUS

POMPÉE

De pareils lieutenants n'ont des chefs qu'en idée,

Leur nom retient pour eux l'autorité cédée ;

Ils n'en quittent que l'ombre; et l'on ne sait que c'est1

De suivre ou d'obéir que suivant qu'il leur plaît.

Je sais une autre voie, et plus noble et plus sûre.

Sylla, si vous voulez, quitte sa dictature;

Et déjà de lui-même il s'en serait démis,

S'il voyait qu'en ces lieux il n'eût plus d'ennemis.

Mettez les armes bas, je réponds de l'issue,

J'en donne ma parole après l'avoir reçue.

Si vous êtes Romain, prenez l'occasion.

SERTORIUS

Je ne m'éblouis point de cette illusion2.

Je connais le tyran, j'en vois le stratagème;

Quoi qu'il semble promettre, il est toujours lui-même.

Vous qu'à sa défiance il a sacrifié

Jusques à vous forcer d'être son allié...

Ce qui achève de grandir Sertorius à nos yeux, c'est le regret profond qu'il inspire à Pompée comme à Viriate après sa mort. Perpenna vien^t de frapper le héros. Pompée, sans hésiter, envoie le meurtrier au supplice du même ton dont il parlera plus tard aux Romains tremblants à ses pieds.

C'est assez. Je suis maître, je parle, allez, obéissez!

Puis il offre la paix à Viriate, qui, avec une mélancolie pénétrante, répond qu'elle renonce à tout, à la guerre ainsi qu'à l'Iiy menée, et qu'elle ne se considère plus désormais que comme la veuve de Sertorius et la gardienne de son tombeau :

Moi, j'accepte la paix que vous m'avez offerte,

C'est tout ce que je puis, seigneur, après ma perte;

Elle est irréparable; et comme je ne voi

Ni chefs dignes de vous, ni roi digne de moi,

Je renonce à la guerre ainsi qu'à l'hyménée;

Mais j'aime encor l'honneur du trône où je suis née.

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