SOPHONISBE
Tragédie
Mairet, l'ami, puis le rival jaloux et acharné de Corneille après le succès du Cid, avait fait jouer en 1629 une Sophonisbe, tirée du 30e livre de Tite-Live. Il avait prêté à cette reine de Numidie, ennemie farouciie des Romains, une passion assez ridicule pour le jeune roi de Numidie, Massinissa. Corneille recommença la pièce de Mairet et rendit à la féroce Numide son véritable caractère.
Sophonisbe est tombée au pouvoir des Romains; Massinissa, son mari, lui envoie du poison, seul moyen qu'elle ait d'éviter l'aspect du Capitole. Elle refuse avec hauteur ce dernier présent du lâche époux qui vient de faire sa soumission aux Romains et a préféré l'asservissement à la mort :
Allez, et dites-lui que je m'apprête à vivre, En faveur du triomphe, en dessein de le suivre; Que puisque son amour ne sait pas mieux agir, Je m'y réserve exprès pour l'en faire rougir. Je lui dois cette honte; et Rome, son amie, En verra sur son front rejaillir l'infamie : Elle y verra marcher, ce qu'on n'a jamais vu, La femme du vainqueur à côté du vaincu, Et mes pas chancelants sous ses pompes cruelles Couvrir ses plus hauts faits de taches éternelles.