‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 463 sur 488 · OTHO · texte numérisé non relu

OTHO

Elle n'ignore pas que si Massinissa s'est abaissé devant les Romains, c'est un fol amour pour elle qui en est cause ; mais cet époux sans lierté, sans honneur, elle le répudie, elle l'exècre, il faut entendre avec quels accents tragiques :

Quand l'effet est certain, il n'importe des causes : Que ce soit mon malheur, que ce soit nos tyrans, Que ce soit vous, ou lui, je l'ai pris, je le rends. Il est vrai que l'état où j'ai su vous le prendre N'est pas du tout le même où je vais vous le rendre : Je vous l'ai pris vaillant, généreux, plein d'honneur, Et je vous le rends lâche, ingrat, empoisonneur; Je l'ai pris magnanime, et vous le rends perfide; Je vous le rends sans cœur, et l'ai pris intrépide ; Je l'ai pris le plus grand des princes africains, Et le rends pour tout dire esclave des Romains.

Le principal défaut de la pièce est la froideur des dissertations galantes où se complaisent les deux rois de Numidie, Syphax et Massinissa. Les deux héroïnes semblent vouloir les en faire rougir en ne parlant que de politique, et quand Lélius dit à Massinissa :

Vous parlez tant d'amour qu'il faut que je confesse Que j'ai honte pour vous de voir tant de faiblesse...

on est un peu tenté de donner raison à Corneille contre lui-même, et d'estimer avec Voltaire que. si l'amour n'est pas l'âme d'un ouvrage, il doit en être banni.

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