‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 465 sur 488 · OTHON · texte numérisé non relu

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des soldats vendus. On ne s'aurait mieux qu'Otlion décrire les secrètes ignominies d'une cour où, lui-même, il s'est montré si longtemps prodigue de servilité, et n'a. selon Tacite, acheté le droit de commander qu'en se faisant esclave : Omnia serviliter pro dominatione.

Sitôl que de Galba le sénat eut fait choix, Dans mon gouvernement j'en établis les lois, Et je fus le premier qu'on vit au nouveau prince Donner toute une armée et toute une province : Ainsi je me comptais de ses premiers suivants. Mais déjà Yinius avait pris les devants; Martian l'affranchi, dont tu vois les pillages, Avait avec Lacus fermé tous les passages. On n'approchait de lui que sous leur bon plaisir. J'eus donc pour me produire un des trois à choisir. Je les voyais tous trois se hâter sous un maître Qui, chargé d'un long âge, a peu de temps à l'être, Et tous trois à l'envi s'empresser ardemment A qui dévorerait ce règne d'un moment.

Les affranchis étalent leur orgueil de parvenus avec une insolence que Tacite lui-même n'a pas mieux rendue :

Depuis que nos Romains ont accepté des maîtres, Ces maîtres ont toujours fait choix de mes pareils Pour les premiers emplois et les secrets conseils : Ils ont mis en nos mains la fortune publique;

Nos ordres règlent tout, nous donnons, retranchons; Rien n'est exécuté dès que nous l'empêchons, Comme par un de nous il faut que tout s'obtienne, Nous voyons notre cour plus grosse que la sienne.

Pourquoi faut-il seulement qu'une intrigue de galanterie aussi fade qu'obscure dépare cette forte et savante composition, et que, pour plaire à ceux qu'il appelait « nos doucereux ». Corneille ait cru devoir prendre pour modèles, en même temps que les Histoires de Tacite, la délie de Mademoiselle de Scudérv 1 ï

1. L'année même où parut Otlion, Y Astrale de Quiuault, si plaisamment raillé par Boilean, obtenait un succès prodigieux : c'est dire combien la métaphysique de l'amour était à la mode

et expliquer du même coup comment Corneille a pu gâter par mille subtilités galantes le plus sévère et le plus pénétrant des drames historiques.

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