AGÉSILAS
Tragédie
Agésilas est une pièce en vers libres de différentes mesures à rimes croisées. Cette innovation pouvait réussir sur la scène comique : Molière l'a prouvé dans Amphitryon. Mais rien n'était moins heureux que ce rythme badin quand il s'agissait de faire parler le roi de Sparte, Agésilas , dont Plutarque nous a dessiné l'énergique et ambitieux caractère, et de nous dépeindre par sa bouche la dure constitution de Lacédémone :
Je vois qu'il faut le perdre, et plus je m'y dispose,
Plus je doute si je le puis.
Sparte est un État populaire, Qui ne donne à ses rois qu'un pouvoir limité.
On y peut tout dire et tout faire
Sous ce grand nom de liberté.
Si je suis souverain en tète d'une armée,
Je n'ai que ma voix au sénat; Il faut y rendre compte; et tant de renommée Y peut avoir déjà quelque ligue formée
Pour autoriser l'attentat.
On aime encore moins entendre Agésilas renoncer à son amour pour Mandane en vers de couplets légers, et l'on se souvient involontairement des magnanimes accents d'Auguste dans Cinna, lorsque, en style de comédie galante, le roi de Sparte se décide à vaincre
Un amour dont l'espoir ne voyait plus d'obstacle. Mais enfin il est beau de triompher de soi,
Et de s'accorder ce miracle, Quand on peut hautement donner à tous la loi, Et que le juste soin de combler notre gloire Demande notre cœur pour dernière victoire.
Il faut bien reconnaître, malgré tout le respect qu'inspire le grand génie de Corneille, qu'une aussi grave erreur de goût ne justifiait que trop l'épigramme bien connue de Boileau : .
Après l'Agésilas, Hélas!