‹ Théâtre choisi (volume 2)Chapitre 468 sur 488 · TITE ET BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

TITE ET BÉRÉNICE

Comédie héroïque

En 1670, Henriette d'Angleterre, la belle-sœur de Louis XIV, chargea Dangeau d'inviter, à l'insu l'un de l'autre, le vieux Corneille et le jeune Racine à composer une tragédie sur le même sujet : la séparation de l'empereur Titus et de la reine de Judée, Bérénice. L'issue de ce singulier concours ne pouvait être un instant douteuse, et la princesse allait assister à la victoire de Racine, en un sujet choisi tout à souhait pour son genre de talent, quand elle fut emportée soudain, au milieu des sanglots de la cour : Madame se meurt, Madame est morte.

Tandis que le chef-d'œuvre de Racine est en quelque manière fait de rien et ravit justement par son extrême simplicité, la pièce de Corneille rebute souvent par la complication et l'obscurité de l'intrigue. Bérénice offre un intérêt véritablement humain et universel : c'est un prince forcé par la raison d'État à répudier une princesse qu'il aime et dont il est aimé. Tite et Bérénice présente un intérêt plutôt historique, en nous initiant à tous les secrets de la politique impériale sou> les Flaviens. Enlin, tandis que le style de Racine est partout d une limpidité, d'une transparence incomparable, on sait au contraire que c'est dans Tite et Bérénice que se trouve précisément cette suite de vers que Corneille lui-même ne put expliquer à l'acteur Baron :

Faut-il mourir, madame, et, si proche du terme, Votre illustre inconstance est-elle encor si ferme, Que les restes d'un feu que j'avais cru si fort Puissent dans quatre jours se promettre ma mort?

Mais « ces longues suites de vers pompeux auxquels les poètes sont sujets dans le dramatique », comme disait plaisamment La Bruyère, ne doivent pas faire oublier plus d'une beauté éclatante eten particulier le caractère si Oèrement dessiné de Bérénice. Le dénoùment qui fait ressortir l'héroïque grandeur d'âme de la reine s'obstinant à partir malgré le sénat, malgré Titus, malgré son propre cœur, peut être mis hardiment en parallèle avec celui de Racine. Il n'est pas jusqu'à la première entrevue de Tite et de Bérénice qui, pour avoir été critiquée et refaite en quelque façon par Racine, ne laisse pas d'être à sa manière belle et touchante.

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