SCENE VI
D. piÈGUE, D. RODRIGUE
D. DIÈGUE
Rodrigue, enfin le ciel permet que je te voie ' !
D. RODRIGUE
Hélas!
Ne mêle point de soupirs à ma joie ; Laisse-moi prendre haleine afin de te louer. Ma valeur n'a point lieu de te désavouer; Tu l'as bien imitée, et ton illustre audace Fait bien revivre en toi les héros de ma race : C'est d'eux que tu descends, c'est de moi que tu viens; Ton premier coup d'épée égale tous les miens : Et d'une belle ardeur ta jeunesse animée Par cette grande épreuve atteint ma renoiiimée. Appui de ma vieillesse, et comble de mon heur*, 103.-;
Touche ces cheveux blancs à qui tu rends l'honneur, Viens baiser cette joue, et reconnais la place Où fut empreint2 l'affront que ton courage efface.
D. RODRIGUE
L'honneur vous en est dû, je ne pouvais pas moins, îoio
1. Ce qui est invraisemblable, ce n'est pas, comme le croit Voltaire, ignorant l'ancien système de décoration multiple et simultanée, que don Diègue soit venu sur la scène sans voir Eodrigue et Chimène, c'est qu'il rencontre son fils par le plus grand
hasard dans les rues de Séville. Dans la pièce espagnole, le père, en envoyant Rodrigue se battre, lui avait indiqué d'avance un rendez-vous , et .
arrivé le premier, il le reconnaissait de loin au galop de son cheval.