UIMKXE
Eh bien, Sire, ajoutez ce comble à mon malheur, iaeï
Nommez ma pâmoison l'effet de ma douleur :
In juste déplaisir * à ce point m'a réduite ;
Son trépas dérobait sa tète à ma poursuite ;
S'il meurt des coups reçus pour le bien du pays.
Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis 2 : 1:100
t'ne si belle fin m'est trop injurieuse*.
Je demande sa mort , mais non pas glorieuse ,
Non pas dans un éclat qui rélève si haut.
Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud :
Qu'il meure pour mon père, et non pour la patrie; 1363
Que son nom soit taché, sa mémoire flétrie.
Mourir pour le pays n'est pas un triste sort ,
C'est s'immortaliser par une belle mort3.
J'aime donc sa victoire , et je le puis sans crime :
Elle assure l'État, et me rend ma victime, 1370
Hais noble, mais fameuse entre tous les guerriers.
Le chef, au lieu de tleurs, couronné de lauriers:
1. Pour trouver, avec Voltaire, matière à rire dans cette réponse, il faut oubliei l'épreuve affreuse que traverse la pudeur de Chimène , méconnaître le pathétique accent de sa 5erté blessée.
2. Que de subtilité d'esprit ne fautil i>as à Chimène pour se tirer de son
mensonge ! Mais comme sa passion donne un air de sincérité à tous les sophismes dans lesquels elle se débat!
3. Xul poète n'a exprimé avec plus d'éclat le devoir de sacrifier sa vie à ce qui fait seul la raison de vivre, c'est-à-dire à sa patrie ou à sa foi (Cf. Horace, v. 442. l'vlii- 124).
LE Cil)
Et, pour dire on un mot ce que j'en considère, Digne d'être immolée aux mânes de mon père... Hélas! à quel espoir me laissé-je emporter! Rodrigue de ma part n'a rien à redouter; Que pourraient contre lui des larmes qu'on méprise ? Pour lui tout votre empire est un lieu de franchise; Là, sous votre pouvoir, tout lui devient permis; Il triomphe de moi comme des ennemis.
Dans leur sang répandu la justice étouffée Au crime du vainqueur sert d'un nouveau trophée ; Nous en croissons la pompe, et le mépris des lois .Non»; l'ait suivre son char au milieu de deux rois.
D. FERNAND
Ma tille, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père, il était l'agresseur;
Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant que d'accuser ce que j'en fais paraître, Consulte bien ton cœur; Rodrigue en est le maître; Et ta flamme en secret rend grâces à ton roi , Dont la faveur conserve un tel amant pour toi.
CHIMÈNE
Pour moi! mon ennemi! l'objet de ma colère!
L&uteur de mes malheurs! l'assassin de mon père ' !
De ma juste poursuite on fait si peu de cas
Qu'on me croit obliger en ne m'écoutant pas!
Puisque vous refusez la justice à mes larmes,
Sire, permettez-moi de recourir aux armes:
C'est par là seulement qu'il a su m'outrager,
Et c'est aussi par là que je me dois venger.
A tous vos cavaliers je demande sa tète 2;
Oui, qu'un d'eux me l'apporte, et je suis sa conquête;
Qu'ils le combattent, Sire; et, le combat fini,
J'épouse le vainqueur, si Rodrigue est puni.
Sous votre autorité souffrez qu'on le publie.
D. FERNAND
Cette vieille coutume en ces lieux établie.
1. Chiinène, hors d'elle-même, exaspérée de voir son secret trahi, s'excite contre Rodrigue, et va dans sa colère jusqu'à l'injure. Voltaire trouve le moment bien choisi pour lui reprocher de mal mesurer ses termes
et de confondre un meurtrier avec un assassin.
2. Chimèna promet sa main à qui vaincra Rodrigue en combat singulier. Ce jugement de Dieu nous reporte en plein moyen âge.