ACTE IV, SCÈNE V
sous couleur de punir un injuste attentat,
|es meilleurs combattants affaiblit un Étal ;
Souvent de cet abus le succès * déplorable
Dpprime l'innocent, et soutient le coupable. 1 1 1 o
l'en dispense Rodrigue; il m'est trop précieux
Dour l'exposer aux coups d'un sort capricieux;
Et quoi qu'ait pu commettre un cœur si magnanime,
,es Maures en fuyant ont emporté son crime '.
D. DIÈGUE
jjuoi! sire, pour lui seul vous renversez des lois 1415
ju'a vu toute la cour observer tant de fois!
}ue croira votre peuple, et que dira l'envie,
Si sous votre défense il ménage sa vie ,
£t s'en fait un prétexte à ne paraître pas 1419
)ù tous les gens d'honneur cherchent un beau trépas?
)e pareilles faveurs terniraient trop sa gloire :
Ju'il goûte sans rougir les fruits de sa victoire
..e Comte eut de l'audace, il l'en a su punir :
il l'a fait en brave homme, et le doit maintenir.
D. FERXAXD
5uisquc vous le voulez, j'accorde qu'il le fasse : 1 123
tlais d'un guerrier vaincu mille prendraient la place;
ï.1 le prix que Chimène au vainqueur a promis
De tous mes cavaliers ferait ses ennemis :
.'opposer seul à tous serait trop d'injustice;
1 suffit qu'une fois il entre dans la lice. 1430
Choisis qui tu voudras, Chimène, et choisis bien;
Jais après ce combat ne demande plus rien.
D. DIÈGUE
S"excusez point par là ceux que son bras étonne * ;
.aissez un champ ouvert où n'entrera personne
Vprès ce que Rodrigue a fait voir aujourd'hui , 1 1 ■>•
}uel courage assez vain s'oserait prendre à lui?
x>ui se hasarderait contre un tel adversaire?
Jui serait et* vaillant, ou bien ce téméraire?
D. SANC.HE
raites ouvrir le champ : vous voyez l'assaillant;
le suis ce téméraire, ou plutôt ce vaillant. i no
Vccordez cette grâce à l'ardeur qui me presse.
1. Le roi montre autant d'esprit | Chanson de geste, don Fernand finit par lue de grandeur. Après avoir parlé trouver des accents dignes d'un vérf- >lus d'une fois comme un suzerain de I table roi de tragédie.
Madame, vous savez quelle est voire promesse.
D. FF.RNAND
Chimène, remets-tu ta querelle* en sa main?
f.HIMÈ.NE
Sire, je l'ai promis.
D. FERXA.VD
Soyez prêt à demain.
D. DIÈGUE
Non, sire, il ne faut pas différer davantage : 1445
On est toujours trop prêt quand on a du courage.
D. FERNANÏ)
Sortir d'une bataille, et combattre à l'instant!
D. DIÈGCE
Rodrigue a pris haleine en vous la racontant.
D. FERXAXD
Du moins une heure ou deux je veux qu'il se délasse1. Mais de peur qu'en exemple un tel combat ne passe, i-45t Pour témoigner à tous qu'à regret je permets Un sanglant procédé qui ne me plut jamais, De moi ni de ma cour il n'aura la présence.
(à D. Arias.)
Vous seul des combattants jugerez la vaillance.
Ayez soin que tous deux fassent* en gens de cœur, 1 lss
Et le combat fini, m'amenez le vainqueur.
Qui qu'il soit, même prix est acquis à sa peine;
Je le veux de ma main présenter à Chimène,
Et que pour récompense il reçoive sa foi*2.
CHIMÈNE
Quoi! Sire, m 'imposer une si dure loi! U60
D. FERNAND
Tu t'en plains; mais ton feu, loin d'avouer * ta plainte, Si Rodrigue est vainqueur, l'accepte sans contrainte. Cesse de murmurer contre un arrêt si doux; Qui que ce soit des deux, j'en ferai ton époux.
1. Corneille se repentait d'avoir I Fauriel, que les personnages semblent averti par là les spectateurs de la dit- I travailler à l'heure, ficulté qu'il avait eu à emprisonner | 2. Trait de mœurs féodales : le snson sujet dans la règle de T unité de ! zerain dispose de la main des orphelins joui: Il est certain, selon le mot tle I dans son fief.