‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 105 sur 373 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

Qiiil accuse par là César de tyrannie,

Qa'il approuve sa mort, c'est ce que je dénie.

Runie est à vous, seigneur, l'empire est votre bien, Chacun en liberté peut disposer du sien ; 11 le peut à son choix garder, ou s'en défaire : Vous seul ne pourriez pas ce que peut le vulgaire Et seriez devenu, pour avoir tout dompté. Esclave des grandeurs où vous Ates monté ! Possédez-les, seigneur, sansqu'ellesvous possèdent. Loin de vous captiver, soutirez qu'elles vouscèdent ; Et faites haulenient connaître enfin à tous Que tout ce qu'elles ont est au-dessous de vous. Votre Rome autrefois vous donna la naissance : Vous lui voulez donner votre toute-puissam^e ; Et Cinna vous impute à crime capital La libéralité vers le pays natal !

Il appelle rem rds l'amour de la patrie ! Par la haute v.rtu la Gloire est donc tlétrie, Et ce n'est qu'un objet digne de nos mépris. Si de ces pleins etl'ets l'infamie est le prix ! Je veux bien avouer qu'une action si belle Donne à Home bien plus que vous ne tenpz d'elle; Mais commet-on un crime indigne de pardon, Quand la reconnaissance est au-dessus du don ? Suivez, suivez, seigneur, le ciel qui vous inspire : Votre gloire redouble à mépriser l'empire ; Et vous serez fameux chez la postérité, Moins pour l'avoir conquis que pour l'avoir quitté. Le bonheur peut conduire à la grandeur suprême. Mais pour y renoncer il faut la vertu même ; Et peu de généreux vont jusqu'à dédaigner, Après un sceptre acquis, la douceur de régner.

Considérez d'ailleurs que vous régnez dansRome, Où, de quelque façon que votre cour vous nomme. On hait la monarchie ; et le nom d'empereur, Cachant celui de roi, ne fait pas moins d'horreur. Il passe pour tyran quiconque s'y fait maître ; Qui le sert pour esclave, et qui l'aime, pour traî- Qui te soutire a le cœur lâche, mol, abattu, tre : Et pour s'en alfranchir tout s'apjielle vertu. Vous en avez, seigneur, des preuves trop certaines: On a fait contre vous dix entreprises vaines: Peut-être que l'onzième est prête d'éclater. Et que ce mouvement qui vous vient d'agiter N'est qu'un avis secret que le ciel vous envoie,

Qui pour vous conserver n'a plus que cette voie. Ne vous exposez plus à ces fameux revers: Il est beau de mourir maître de Tunivers ; Mais la plus belle mort souille noire mémoire, Quand nous avons pu vivre et croître notre gloire.

CINNA

Si l'amour du pays doit ici prévaloir, C'est son bien seulement que vous devez vouloir ; Et cette liberté, (jui lui semble si chère, N'est pour Rome, seigneur, qu'un bien imaginaire, Plus nuisible (pi'ulile, et qui n'approche pas De celui qu'un bon [)rince apporte à ses Étals. .\vec ordre el raison les honneurs il dispense, Avec discernement [tunit et récompense.

Et dispose de tout on juste possesseur. Sans rien préci|»ilei', de peur d'un successeur. Mais quand le peuple est maître, on n'agit ([n'en tu- La voix de la raison jamais ne se consulte ;[multe: Ees hoiHieurs sont vendus aux plus ambitieux, L'autorité livrée aux plus séditieux.

Ces petits souverains qu'il fait |>our une année, Voyant d'un lemps si court leur puissance bornée. Des plus heureux desseins font avorter le fruit. De |>eur de le laisser à celui qui les suit ; [nent. Comme ils ont peu de part aux biens dont ils ordon- Dans le champdupuldiclargementils moissonnent. Assurés que cliacun leur pardonne aisément, Espérant à son tour un pareil traitement : Le pire des États, c'est l'État pojiulaire.

ALGl-STE.

Et toutefois le seul qui dans Rome peut plaire. Celle haine des rois que depuis cinq cents ans .\vec le premier lait sucent tous ses enfants. Pour l'arracher des cœurs, est trop enracinée.

MAXIME

Oui, seigneur, dans son mal Rome est trop obsti- Son peuple, qui s'y plaît, en fuit la guérison : [née; Sa coutume l'emporte, et non pas la raison ; Et cette vieille erreur, que (Jinna veut abattre, Est une heureuse erreur dont il est idolâtre. Par qui le monde entier, asservi sous ses lois, L'a vu cent fois marcher sur la tête des rois, Son épargne sY-nller du sac de leurs provinces. Que lui |)Ouvaientdeplus donner les meilleurs prin- J'ose dire, seigneur, que par tous lesclimats [ces?

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