‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 106 sur 373 · I.es Macédoniens aiment le monarchique · texte numérisé non relu

I.es Macédoniens aiment le monarchique

Kl le rest<' des (irecs la liberté puliliquc :

Les Parthes, les Persans veulent des souverains ;

Et le seul consulat est lion pour les Romains.

(INNA.

11 est vrai (pie du ciel la prudence infinie Départ à chaipie peuple un dillérent prénie ; •Mais il n'est pas moins vrai que cet ordre des cieiix (Change selon les temps commt.' selon les lieux. Rome a reçu des rois ses murs et sa naissance ; Klle tient des consuls sa frloire et sa puissance, Kt reçoit maintenant de vos rares bontés Le comble souverain de ses prospérités.

.Sous vous l'État n'est plus en pillage aux armées ; Les portes de Janus par vos mains sont fermées, Ce que sous ses consuls on n'a vu qu'une fois. Et qu'a fait voir comme eux le second de ses rois.

MAXIMK.

Les changements d'État ({ue fait l'ordre céleste Ne coûtent point de sang, n'onlrienciui soit funeste.

CINNA

C'est un ordre des dieux (pii jamais ne se rompt, De nous vendre bien cher les grands biens qu ils

[nous font.

L'exil des Tarquinsmême ensanglanta nos terres, Et nos premiers consuls nous ont coûté des guerres.

UAXIMK.

Donc votre aïeul Pompée au ciel a résisté Quand il a combattu pour notre liberté?

r.INNA.

Si le ciel n'eût voulu que Rome l'eût perdue, Par les mains de Pompée il l'aurait défendue: Il a choisi sa mort pour servir dignement D'une marque éternelle à ce grand changement, Et devait cette gloire aux mânes d'un tel homme, D'emporter avec eux la liberté de Rome.

Ce nom depuis longtemps ne sert qu'à l'éblouir. Et sa propre grandeur l'empêche d'en jouir. Depuis (qu'elle se voit la maîtresse du monde, Depuis que la richesse entre ses murs abonde,

126 CINNA, TUAGra)!!!;.

Et que son sein, fécond eng-lorieux exploits, Produit des citoyensplus puissants que des rois, Les grands, pour s'aiiermir achetant les sullrages, Tiennent pompeusement leurs maîtres à leurs ga- Qui, par des fersdorésse laissant enchaîner, [ges, Reçoivent d'eux les lois qu'ils pensent leur donner. Envieux l'un de l'autre, ils mènent tout par brigues, Que leur ambition tourne en sanglantes ligues. Ainsi de Marins Sylla devint jaloux; César, de mon aïeul; Marc-Antoine, de vous: Ainsi la liberté ne peut plus être utile Qu'à former les fureurs d'une guerre civile. Lorsque, par un désordre à l'univers fatal. L'un ne veut pointde maître, et l'autre pointd'égal.

Seigneur, pour sauver Home, il l'aut qu'elle s'u- En la main d'un bon chef à qui tout obéisse, [nisse Si vous aimez encore à la favoriseï', Otez-lui les moyens de se plus diviser. Sylla, quittant la place enfin bien usurpée. N'a fait (pi'ouviir le clianqi ù César et Pompée, Que le malheur des temps ne nous eût pas fait voir, S'il eût dans sa famille assuré son pouvoir. Qu'a fait du grand César le cruel parricide, Qu'élever contre vous Antoine avec Lépide, Qui n'eussent pas détruit Rome i»ar les Romains, Si César eût laissé l'empire entie vos mains? Vous la replongerez, en quittant cet empire. Dans les maux dont à peine encore elle respire, Et de ce peu, seigneur, qui lui reste de sang. Une guerre nouvelle épuisera son tlanc.

Que l'amour du pays, que la pitié vous touche; Votre Rome à genoux vous parle par ma bouche. Considérez le prix que vous avez coûté: Non pas qu'elle vous croie avoir trop acheté. Des maux qu'elle a soulfertselle est trop bien payée; Mais une juste peur tient son âme elfrayée: Si, jaloux de son heur, et las de commander, Voiis lui rendez un bien qu'elle ne peut garder. S'il lui faut à ce prix en acheter un autre, Si vous ne préférez son intérêt au vôtre. Si ce funeste don la met au désespoir. Je n'ose dire ici ce que j'ose prévoir. Conservez-vous, seigneur, en lui laissant un maître Sous qui son vrai bonheur commence de renaître ; El pour mieux assurer le bien commun de tous,

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