CI.NNA
On ne les sent aussi que quand le coup approche,
lit l'on ne reconnaît de semblables forfaits
Hue quand la main s'apprt-te à venir aux effets.
l/àmt', de son dessein jusque-là possédt''e.
S'attache aveufrlément à sa yireniiùre idée :
Mai.-- alors quel esprit n'en devient point troublé?
Ou i)lutùt quel esprit n'en est point accablé?
.)i' rrois que lirutf même, à tel point qu'on le prise,
Voulut plus d'une fois rompre son entrei)rise,
Qu'avant que de frapper elle lui lit sentir
Plus d'un remords en l'àme, et plus d'un repentir.
MAXIME
Il eut trop de vertu pour tant d'inquiétude;
Il ne soupçonna j»oint sa main d'ingratitude,
Kt fut contre un tyran d'autant plus animé
Qu'il en reçut de biens et qu'il s'en vit aimé.
r.ornme vous l'imitez, faites la même chose.
Kl formez vos remords d'une plus juste cause,
De vos lâches conseils, <pii seuls ont arrêté
Le bonheur renaissant de notre liberté:
C'est vous seul aujourd'hui qui nous l'avez ôtée;
De la main de O^sur Brute l'eût acceptée,
Kt n'eût jamais soutfert qu'un intérêt léirer
Ue venireance ou d'amour l'eût remise en dani/er.
.N'écoutez plus la voix d'un tyran qui vous aime,
Kt vous veut faire part de son pouvoir suprême:
Mais entendez crier Rome à votre côté:
(( Rends-moi, rends-moi, Cinna, ce que tu m'asôté :
« Kl, si tu m'as tantôt préféré la maîtresse,
« Ne me préfère pas le tyian qui m'oppresse. »
CINNA
Ami, n'accable plus un esprit malheureux Qui ne forme qu'en lâche un dessein généreux. Knvers nos citoyens je sais quelle est ma faute. Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte; Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié Qui ne peut expirer sans me faire pitié. Et laisse-moi, de grâce, attendant .'Emilie, Donner un libre cours à ma mélancolie:
Mon chagrin t'importune, et le trouble où je suis Veut de la solitude à calmer tant d'ennuis.
MAXIME
Vous voulez rendre compte à l'objet qui vous blesse
134 CINNA, Tl<AGi:DlE.
De la bonté d'Octave et de votre faiblesse ; l/i'n(retien des amants veut un entier secret. Adieu. Je me retire on conliilonl discret.