‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 116 sur 373 · CI.NNA · texte numérisé non relu

CI.NNA

Le désavoûrez-vous?et du don qu'il me fail Voudrez-vous retarder' le hienlieuieux elfel?

.KMILIK.

L'effet est en ta main.

r.INNA.

M.iis |ilulùt en la vôtre.

.KMILIK.

Je suis toujours moi-nicme, et mon cœur n'est poinl Me donner à Cinna, c'est ne lui donner rien, [autre; C'est seulement lui faire un présent de son bien.

CIN.NA

Vous pouvez toutefois. ,. 0 ciel! l'osé-je diri-?

.KMILIK,

Que puis-je? et que crain>-tu?

r.INNA.

Je tremble, je soupir»-.

Ft vois que si nos cœurs avaient mêmes désirs, Je n'aurais pas besoin d'expliquer mes soupirs. Ainsi je suis trop sîir que je vais vous déplaire; Mais je n'ose parler, et je ne puis nie taire.

EMILIE

C'est trop me gêner, parle.

CIN.NA

11 faut vous obéir.

Je vais donc vous déplaire, et vous m'allez liaïr. Je vous aime, ^Emilie, et le ciel me foudroie Si celte passion ne fait toute ma joie. Et si je ne vous aime avec toute l'aideur Que peut un digne objet attendre d'un grand cœur! Mais voyez à quel prix vous me donnez voire âme:

Kn me rendant heureux vous me rendez infâme ; Cette bonté d'Aug-usle. . .

.EMILTK.

11 suffit, je t'entends, Je vois ton repentir et tes vonix inconstants: Les faveurs du tyran emportent tes promesses; Tes feux et tes serments cèdent à ses caresses; Et ton esprit crédule ose s'imaginer Qu'Auguste, pouvant tout, peut aussi me donner; Tu me veux de sa main plutôt que de la mienne; Mais ne crois pas qu'ainsi jamais je t'apiiartienne : Il peut faire treml)ler la terre sous ses pas, Mettre un roi hors du trAne, et donner ses États, De ses proscriptions rougir la terre et l'onde. Et changer à son gré l'ordre de tout le monde ; Mais le cœur d'Emilie est hors de son pouvoir.

CINNA

Aussi n'est-ce qu'à vous que je veux le devoir.

Je suis toujours moi-même, et ma foi toujours pure ;

La pitié que je sens ne me rend point parjure ;

J'obéis sans réserve à tous vos sentiments

Et prends vos intérêts par delà mes .'serments.

J'ai pu, vous le savez, sans parjure et sans crime, Vous laisser échapper cette illustre victime. César se dépouillant du pouvoir souverain Nous ôtait tout prétexte à lui percer le sein! La conjuration s'en allait dissipée; Vos desseins avortés, votre haine trompée; Moi seul j'ai raffermi son esprit étonné. Et pour vous l'immoler ma main l'a couronné.

.TîMiLiE. [même

Pour me l'immoler, traître! et tu veux que moi- Je retienne ta main! qu'il vive, et que je l'aime! Que je sois le butin de qui l'ose épargner, Et le prix du conseil qui le force à régner!

CINNA

Ne me condamnez point quand je vous ai servie: Sans moi, vous n'auriez plus de pouvoir sur sa vie; Et, malgré ses bienfaits, je rends tout à l'amour, Quand je veux qu'il périsse ou vous doive le jour. Avec les premiers vœux de mon obéissance Souffrez ce faible effort de ma reconnaissance, Que je tâche de vaincre un indigne courroux, Et vous donner pour lui l'amour qu'il a pour vous. Une âme généreuse, et que la vertu guide,

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