‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 117 sur 373 · ACTE IH, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCÈNE IV

Fuit la honte des noms d'inprute et de perfide;

Klle en hait l'inlarnie attacliée au bonheur,

Et n'accepte aucun bien aux dépens de l'honneur.

.ÏMILIE.

Je fais p-loire, pour moi, de cette iirnominie: La perfidie est noble envers la tyrannie; Et quand on rompt le couis d'un sort. si mallnMM<'u.\, Les cœurs les plus in^rrats sont les plus ^'énéreux.

CINNA

Vous faites des vertus au gré de voire haine.

-EMILIE

Je me fais des vertus dignes d'une Romaine.

f.lN.NA.

L'n cœur vraiment romain...

tMILIK.

Ose tout pour ravir Une odieuse vie à qui le fait servir:

Il fuit [dus que la mort la honto d'être esclave.

• I.NNA.

C'est l'être avec honneur que de l'être d'Octave; Et nous voyons souvent des rois à nos genoux Demander pour appui tels esclaves (lue nous; H abaisse à nos pieds l'orgueil des diadèmes; 11 nous fait souverains sur leursgrandeurssujirêmes; 11 prend d'eus, les tributs dont il nous enrichit. Et leur impose un joug dont il nous all'ranchit.

-tMILIK.

L'indigne ambition que ton co.-ur se propose! Pour être plus qu'un roi, tu te crois quelque chose ; Aux deux bouts de la terre en est-il un si vain Qu'il prétende égaler un citoyen romain? .\ntoine sur sa tête attira notVe haine En se déshonorant par l'amour d'une reine; Attale, ce grand roi, dans la pourpre blanchi, Qui du peuple romain se nommait rallVanchi, Quand de toute l'Asie il se fut vu l'arbitre, Eût encor moins prisé son trône que ce titre. Souviens-toi de ton nom, soutiens sa dignité; Et prenant d'un Romain la générosité, Sache qu'il n'en est point que le ciel n'ait fait naître Pour commanderaux rois, etpourvivre sans maître.

CINNA

Le ciel a trop fait voir en de tels attentats Qu'il hait les assassins et punit les ingrats;

i38 CIN.NA, TRAGÉDIE.

Et quoi qu'on entreprenne, et quoi qu'on exécute, Ouand il élève un trône, il en venge la chute ; 11 se met du parti de ceux qu'il fait régner; Le coup dont on les tue est longtemps à saigner ; Et quand à les punir il a pu se résoudre, [dre. De pareils châtiments n'appartiennent qu'au fou-

.ïMILIK.

Dis que de leur )>arti loi-nième tu te rends, De te remettre au foudre à punir les tyrans.

Je ne t'en paile plus, va, sers la tyrannie; AJjandonne ton àme à son lâche génie; Et pour rendre le calme à ton esprit flottant, Oublie et la naissance et le pi-ix qui t'attend. Sans emprunter ta main pour servir ma colère. Je saurai bien venger mon pays et mon père. J'aurais déjà l'honneur d'un si fameux trépas. Si l'amour jusqu'ici n'eût arrêté mon bras; C'est lui qui sous les lois me tenant asservie, M'a fait en ta faveur prendre soin de ma vie : Seule conlie un tyian, en le faisant périr, Par les mains de sa garde il me fallait niourii. Je t'eusse par ma mort déiobé la captive ; Et comme pour toi seul l'amour veut que je vive. J'ai voulu, mais en vain, me conserver pour toi. Et te donner moyen d'ètie digne de moi.

Pardonnez-moi,grandsdieux,sijemesuistrom|»f'e Quand j'ai pensé chérir un neveu de Pompée, Et SI d'un faux semblant mon esprit abusé A fait choix dun esclave en son lieu su])posé. Je t'aime toutefois, quel que lu puisses être; El si |)0ur me gagner il faut trahir ton maître. Mille autres à l'envi recevraient cette loi, S'ils |)0uvaieut m'acquérir à même prix que toi. Ma is n'appréhende pasqu'un autre ainsi m'obtienne. Vis pouiton chertyran,tandisque je meurs tienne: Mes jours avec les siens se vont précipiter, Puisque ta làclieté n'ose me mériter. Viens me voir dans son sang,el dans le mien baignée. De ma seule verlu mourir accompagnée, Et te dire en mourant d'un esprit satisfait : « N'accuse point monsort,c'est toi seul qui l'as fait : « Je descends dans la tombe oùlum'ascondamnée, « Où la gloire me suit qui t'était destinée : « Je meuis en détruisant un pouvoir absolu ; (( Mais je vivrais à toi si tu l'avais voulu. »

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