‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 125 sur 373 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

MAXIME

Que son plus jarraad regret, C'est de voir que César sait tout votre secret? En vain il le dénie et le veut méconnaître, Évandre a tout conté pour excuser son maître, Et par l'ordre d'Auguste on vient vous arrêter.

EMILIE

Celui qui l'a reçu tarde à l'exécuter;

Je suis prête à le suivre et lasse de l'attendre.

MAXIME

11 VOUS attend chez moi.

EMILIE

Chez vous!

MAXIME

Cest vous surprendre :

Mais apprenez le soin que le ciel a de vous: C'est un des conjurés qui va fuir avec nous. Prenons notre avantage avant qu'on nous poursuive; Nous avons pour partir un vaisseau sur la rive.

EMILIE

Me connais-tu, Maxime, et sais-tu qui je suis ?

MAXIME

En faveur de Cinna je fais ce que je puis, Et tâche à garantir de ce malheur extrême La plus helïe moitié qui reste de lui-même.

Sauvons-nous, Emilie, et conservons le jour. Afin de le venger par un heureux retour.

EMILIE

Cinna dans sonmalheur est de ceux qu'il fautsuivre. Qu'il ne faut pas venger, de peur de leur survivre ; Quiconque après sa perte aspire à se sauver Est indigne du jour qu'il tâche à conserver.

MAXIME

Quel désespoir aveugle à ces fureurs vous porte? 0 dieux ! que de faiblesse en une àme aussi forte! Ce cœur si généreux rend si peu de combats. Et du premier revers la fortune l'abat! Rappelez, rappelez cette vertu sublime.

Ouvrez enfin les jeux, et connaissez Maxime: C'est un autre Cinna qu'en lui vous regardez ; Le ciel vous rend en lui l'amant que vous perdez ; Et puisque l'amitié n'en faisait plus qu'une âme, Aimez en cet ami l'objet de votre llamme; Avec la même ardeur il saura vous chérir. Que...

iEMILIE.

Tu m'oses aimer, et tu n'oses mourir! [des, Tu prétends un peu trop ; mais quoi que tu préten- Rends-toi dicrne du moins de ce que tu demandes; Cesse de fuir en làclie un glorieux trépas. Ou de m'olfrir un cœur que tu fais voir si bas; Fais que je jjorte envie à ta vertu parfaite; Ne te pouvant aimer, fais que je te regrette ; Montre d'un vrai Romain la dernière vigueur, Et mérite mes pleurs au défaut de mon cœur. Quoi! si ton amitié pour Cinna s'intéresse. Crois-tu ({u'clle consiste à ilatler sa maîtresse ? A[»prends, aftprcnds de moi quel en est le devoir, Kt donne-m'en l'exemple ou viens le recevoir.

UAXIME.

Votre juste douleur est trop impétueuse.

JEMILIE.

La tienne en ta faveur est trop ingénieuse. Tu me parles déjà d'un Itienlieureux retour. Et dans tes déplaisirs tu conçois de l'amour.

MAXIME

Cet amour en naissant est toutefois extrême ; C'est votre amant en vous, c'est mon ami que j'aime, Kt des mêmes ardeurs dont il fut embrasé...

jEMILIE.

.Maxime, en voilà trop pour un homme avisé. Ma perte m'a surprise et ne m'a point troublée : Mon noble désespoir ne m'a point aveuglée ; Ma vertu tout entière agit sans s'émouvoir, Et je vois malgré moi plus que je ne veux voir.

MAXIME

Quoi! vous suis-je suspect de quelque perfidie?

yj:MILIE.

Oui, tu l'es, puisque enfin tu veux <jue je le die : L'ordre de noire fuile est trop bien concerté Pour ne te soupçonner d'aui-une lâcheté : Les dieux seraient pour nous prodigues en miracles S'ils en avaient sans toi levé tous les obstacles. Fuis sans moi, tes amours sont ici superflus.

MAXIME

Ah! vous m'en dites trop.

MUIUE.

J'en présume encor plus.

Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures; Mais n'espère non plus m'éblouir de parjures.

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