‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 135 sur 373 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

POLYEUCTE, NÉÂRQUE,

NÉARQLE.

Quoi ! VOUS vous arrêtez aux songes d'une femme ! De si faibles sujets troublent cette grande âme! Et ce cojur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alarme d'un péril qu'une femme a rêvé !

POLYEUCTE

Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance Qu'un homme doit donner à son extravagance, Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit Forme de vains objets que le réveil détruit; Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme; Vousignorezquelsdroitselle asur toute l'àme [mer, Quand, après un long temps qu'elle a su nous char-

Les tlainbeaux de rhynien viennent de s'allumer. Pauline, sans raison dans la douleur plongée, Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée; Elle oppose ses pleurs au dessein ([ue je fais, Et tâche à m"emj)éclier de sortir du jialais. Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes; Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes; Et mon cœur, attendri sans èlie intimidé. N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé. L'occasion, Néar(iue, est-elle si juessante Qu'il faille être insensible aux soupirsd'une amante? Par un peu de remise épargonsson ennui, [d'Iuii. Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujour-

NÉARQLE.

Âvez-vous cependant une pleine assurance D'avoir assez de vie ou de persévérance? Et Dieu, qui tient votre à me et vos joursdans sa main, Promet-il à vos vœux de le vouloir demain? Il est toujours tout juste et tout bon ; mais sa grâce Ne descend pas toujours avec même efticace; Après certainsmomentsque peidentnos longueurs, Elle quitte ces traits qui pénètrent les cœurs; Le nôtre sendurcil, la repousse, l'égaré: Le Ijras qui la versait en devient {dus avare; Et cette sainte ardeur qui doit |)orter au bien Tombe plus rarement, ou n'ofière ftius rien. Celle qui vous pressailde courir au baptême, - Languissante déjà, cesse d'être la même. Et pour quelques soupirs qu'on vous a fait ouïr. Sa tlarnme se dissipe, et va s'évanouir.

l'OLVEUCTE.

Vous me connaissez mal : la même ardeur mebrùle,

Et le désir s'accroît quand 1 elle t se recule.

Ces pleurs, que je regarde avec un œil d'époux,

Me laissent dans le coiur aussi chrétien que vous;

Mais, pour en recevoir le sacré caractère

Qui lave nos forfaits dans une eau salutaire,

Et qui, purgeant notre âme et dessillant nos yeux,

Nousrend lepremierdroitquenousavionsaux cieux,

IJien que je le firéfèrc aux grandeurs d'un empire,

Comme le bien suftrème et le seul où j'aspire,

Je crois, pour satisfaire un juste et saint amour,

Pouvoir un peu remettre, et différer d'un jour.

KÉAUOUE.

Ainsi du genre humain l'ennemi vous abuse:

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