‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 136 sur 373 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Ce qu'il lie petit de force, il reulreprend de ruse. Jaloux des bons desseins (ju"il lAolie d'ébranler, Quand il ne les peut rompre, il fiousse ù reculer ; D'obstacle sur obslacle il va Iroublor le vûlre. Aujourd'hui par des pleurs, cliacjue jour par quel- Et ce songe rempli de noires visions [cjue autre; N'est que le coup d'essai de ses illusions: Il met tout en usage, et pii^ie et menace: Il attaque toujours, et jamais ne se lasse; II croit pouvoir enlln ce (pi'encorc il n'a jiu, Et (jue ce (pi'on diii'ère est à demi rompu. [line. Hom|iez ses premiers coups; laissez pleurer Pau- Dieu ne veut fioint d'un cœur où le monde domine, Qui regarde en arrière, et, douteux en son choix. Lorsque sa voix l'appelle, écoute une autre voix.

POLYEICTK.

Pour se donner à lui faut-il n'aimer personne?

NÉAnQlF,.

Nous pouvons tout aimer, il le soulTre,il l'ordonne: Mais, à vous dire tout, ce Seigneur des seigneurs Veut le premier amour et les ])remiers honneurs. Comme rien n'est égal à sa grandeur sujirême. Il ne faut rien aimer qu'après lui, qu'en lui-même, Négliger, pourlui i)laiie,et femme, etbiens, et rang. Exposer pour sa gloire et verser tout son sang. .M.'iis que vous êtes loin de cette ardeur parfaite Qui vous est nécessaire, et (|ue je vous souhaite ! Je ne puis vous yiarler (]ue les larmes aux yeux. Polyeucte, aujourd'hui qu'on nous liai tentons lieux, Qu'on croit servir l'État quand on nous persécute, Qu'aux plus âpres tourments un chrétien est en

[buttç, Comment en pourrez-vous surmonter les douleurs. Si vous ne pouvez jias résister à des pleurs?

POLEUYCTE.

■Vous ne m'étonnez point; la pitié qui nie blesse Sied bien aux plus grands cœurs, et n'a point de

[faiblesse.

Sur mes pareils, Néarque, un bel O'il est bien fort : Tel craint de le fâcher qui ne craint pas la mort ; Et s'il faut aifronter les plus cruels supplices, Y trouver des appas, en faire mes délices. Votre Dieu, que je n'ose eiicor nommer le mien, M'en donnera la force en me faisant chrétien.

NÉARQlîE.

Hâtez-vous donc de l'èlre.

POLYEUCTE

Oui, j'y cours, cher Néarque; Je brûle d'en porter la glorieuse marque. Mais Pauline s'afflige, et ne peut consentir, Tant ce songe la trouble, à me laisser sortir.

NKAUQUE.

Votre retour pour elle en aura plus de charmes; Dans une heure nu plus tard vous essuîrez ses larmes ; El l'heur de vous revoir lui semblera plus doux, Plus elle aura pleuré pour un si cher époux. Allons, on nous attend.

POLYEI'CTE.

Apaisez donc sa crainte, Kt calmez la douleur dont son âme est atteinte. Klle revient.

NKAHQIIE.

Fuyez.

POLYEUCTE

Je ne puis.

NÉARQUE

Il le faut; Fuyez un ennemi qui sait votre défaut.

Qui le trouve aisément, qui blesse par la vue, Kt dont le coup mortel vous plaît quand il vous tue.

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