‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 173 sur 373 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SÉVÈRE, F.VBIAN.

SÉVÈRE

Qu'est-ce ci, Fabian? quel nouveau coup de foudre Tombe sur mon bonheur et le réduit en poudre? Plus je l'estime près, plus il est éloigné ; Je trouve tout perdu quand je crois tout gagné ; Et toujours la fortune, à me nuire obstinée, Tranche mon esjiérance aussitôt qu'elle est née : Avant ([u'oUrir des vœux je reçois des refus : Toujours triste, toujours et honteux et confus J)e voir que lâchement elle ait osé renaître, Qu'encor plus lâchement elle ait osé paraître ; Et qu'une femme enhn dans la calamité Me fasse des leçons de générosité.

Votre belle àme est haute autant que malheureuse : Mais elle est inhumaine autant que généreuse,

Pauline ; et vos douleurs avec trop de rigueur D'un amant tout à vous tyrannisent le cœur. C'estdoncpeude vousperdre, ilfautque je vousdon- Queje serve un rivallorsqu'il vousabandonne ;[ne ; Et que, par un cruel et généreux efforl, Pour vousrendre en ses mainsje l'arrache à la mort 1

FABIAN

Laissez à son destin cette ingrate famille ; Qu'il accorde, s'il veut, le père avec la fille, Poljeucte et Félix, l'épouse avec l'époux : D'un si cruel effort quel prix espérez-vous ?

SÉVÈRE

La gloire de montrer à cette âme si belle Que"" Sévère l'égale, et qu'il est digne d'elle ; Qu'elle m'était bien due, et que l'ordre descieux En me la refusant m'est trop injurieux.

FABIAN

Sans accuser le sort ni le ciel d'injustice, Prenez garde au péril qui suit un tel service : Vous hasardez beaucoup, seigneur, pensez-y bien. Quoi ! vous entreprenez de sauver un chrétien ! Pouvez-vous ignorer pour cette secte impie Quelle est et fut toujours la haine de Décie ? C'est un crime vers lui si grand, si capital, Qu'à votre faveur même il peut être fatal.

SÉVÈUE.

Cet avis serait bon pour quelque àme commune.

S'il tient entre ses mains ma vie et ma fortune,

Je suis encor Sévère ; et tout ce grand pouvoir

Ne peut riensur ma gloire, et rien sur mon devoir.

Ici l'honneur m'oblige, et j'y veux satisfaire ;

Qu'aprèsle sort se montreou propice ou contraire,

Comme son naturel est toujours inconstant,

Périssant glorieux, je périrai content.

Je te dirai bien plus, mais avec confidence,

La secte des chrétiens n'est pas ce que l'on pense :

On les hait ; la raison, je ne la connais point,

Et je ne vois Décie injuste qu'en ce point ;

Par curiosité j'ai voulu les connaître :

On les tient pour sorciers dont l'enfer est le maître;

Et sur cette croyance on punit du trépas

Des mystères secrets que nous n'entendons pas.

Mais Cérès Ëleusine, et' la Bonne Déesse,

Ontleurs secretscommeeuxàRomeetdanslaGrèce ;

Encore impunément nous souffrons en tous lieux,

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