‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 198 sur 373 · PTOLOMÉE, PHOTIN · texte numérisé non relu

PTOLOMÉE, PHOTIN

PTOLOMÉE

J'ai suivi tes conseils; mais plus je lai flottée,

Et plus dans l'insolence elle s'est emportée ;

Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités,

Je m'allais emporter dans les extrémités:

Mon bras, dont ses mépris forçaient la retenue.

N'eût plus considéré César ni sa venue,

Et l'eût mise en état, malgré tout son appui.

De s'en plaindre à Pompée auparavant qu'à lui.

L'arrogante à l'ouïr elle est déjà ma reine;

Et si César en croil son orgueil et sa haine,

Si, comme elle s'en vante, clic est son cher objt^,

De son frère et son roi je deviens son sujet.

Non, non; prévenons-la: c'est faiblesse d'attendre

Le mal qu'on voit venir sans vouloir s'en défendre:

Otons-lui les moyens de nous plus dédaigner;

Otons-lui les moyens de plaire et de régner;

Et ne permettons pas qu'après tant de bravades

Mon sceptre soit le prix d'une de ses œillades.

PHOTIX.

Seigneur, ne donnez point de prétexte à César Pour attacher l'Egypte aux pompes de son char. Ce cœur ambitieux, qui, par toute la terre. Ne cherche qu'à porter l'esclavage et la guerre, Enflé de sa victoire, et des ressentiments Qu'une perte pareille imprime aux vrais amants. Quoique vous ne rendiez que justice à vous-même, Prendrait l'occasion de venger ce qu'il aime; Et, pour s'assujettir et vos Etats et vous, Imputerait à crime un si juste courroux.

PTOLOilÉE.

Si Cléopàtre vit, s'il la voit, elle est reine.

PHOTIN

Si Cléopàtre meurt, votre perte est certaine.

PTOLOMÉE

Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver.

PHOTIN

Pour la perdre avec joie il faut vous conserver.

PTOLOMÉE

Quoi! pour voir sur sa tête éclater ma couronne?

Sceptre, s'il faut enfin que ma main t'abandonne, Passe, passe plutôt en celle du vainqueur.

PHOTIN

Vous l'arracherez mieux de celle d'une sœur. Quelcjues feux que d'abord il lui fasse paraître, 11 partira bientôt, et vous serez le maître. L'amour a ses pareils ne donne point d'ardeur Qui ne cède aisément aux soins de leur grandeur: Il voit encor l'Afrique et TEspagne occupées Par Juba, Scipion, et les jeunes Pompées; Et le monde à ses lois n'est point assujetti, Tant qu'il verra durer ces restes du parti. Au sortir de Pharsale un si grand capitaine Saurait mal son métiers'il laissoit prendre lialeine. Et s'il donnait loisir à des co:'urs si hardis De relever du coup dont ils sont étourdis: S'il les vainc, s'il parvient où son désire aspire, Il faut qu'il aille à Rome établir son empire. Jouir de sa fortune et de son attentat. Et changer à son gré la forme de l'État. Jugez durant ce temps ce que vous pourrez faire. Seigneur, voyez César, forcez-vous à lui plaire ; Et lui déférant tout, veuillez vous souvenir Que les événements régleront l'avenir.

Remettez en ses mains trône, sceptre, couronne, Et, sans en mumurer, souffrez qu'il en ordonne: II en croira sans doute ordonner justement, En suivant du feu roi l'ordre et le testament; L'importance d'ailleurs de ce dernier service Ne permet pas d'en craindre une entière justice. Quoi qu'il en fasse enfin, feignez d'y consentir. Louez son jugement, et laissez-le partir. Après, quand nous verrons le temps propre auxven- Nous aurons et la force et les intelligences, [geances. Jusque-là réprimez ces transports violents Qu'excitent d'une sœur les mépris insolents: Les bravades enfin sont des discours frivoles, Et qui songe aux effets néglige les paroles.

PTOLOMÉE

Ah ! tu me rends la vie et le sceptre à la fois:

Un sage conseiller est le bonheur des rois.

Cher appui de mon trône, allons, sansplusattendre,

Offrir tout à César, afin de tout reprendre ;

Avec toute ma flotte allons le recevoir,

Et par ces vains honneurs séduire son pouvoir.

ACTK III, SCKNE I. 237

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