VIII PIERRE CORNEILLE
qu'à la mettre en vers ; » Thomas ne fut que dix-se}3t jours k kiire Ariane, la plus belle de ses tragédies. Cette facilité cependant leur lit du tort: la versification de Thomas, en général, est faible et lâche ; celle de Pierre est souvent dure, incorrecte, et même barbare : Racine avait cette dangereuse facilité dans ses commencements; le sage Boileau lui apprit à rimer difficilement; et Racine, en suivant ses leçons, devint le meilleur des poètes français.
On a rapporté que Corneille était en si grand honneur sur ses vieux jours, que, lorsqu'il venait au spectacle, on se levait à son arrivée comme à celle des princes; certes, il avait au théâtre plus de droits qu'eux à cet honneur; mais Voltaire prétend qu'il n'en fut jamais rien, et il n'en donne pour raison que la tournure du cœur humain qui se plaît assez peu à rendre hommage aux grands talents. Voltaire fut cependant lui-môme un exemple éclatant du contraire. Quoi qu'il en soit. Corneille, sur la fin de sa vie, fut obligé de porter ses pièces à un autre théâtre que celui qu'il avait fondé: les comédiens, à leur honte, les refusèrent. Sans doute elles n'étaient point bonnes ; mais c'était Corneille qui les leur présentait, et, par respect pour lui, on eût dû les recevoir.
Ce grand homme s'alfaiblit peu àpeu, et mourut doyen de l'Académie française, en 1084, à l'âge de soixante-dix-huit ans. Je terminerai son portrait en disantqu'il avait l'àme fière, indépendante; nulle souplesse, nul manège: ce qui, dit Fontenelle, son neveu, l'a rendu très propre à peindre la vertu romaine, et très peu à faire sa fortune. 11 eut trois fils: le premier, capitaine de cavalerie; le second, lieutenant, et le troisième, ecclésiastique. Son frère, Thomas Corneille, qui était beaucoup plus jeune que lui, le remplaça à l'Académie, et lui survécut vingt-cinq ans.
D.RODRIGl'E
A quatre pas d ici je te le fais savoir.