SCÈNE II
PTOLOMÉK, (;LÉ0PATRE,ACII0REE, CIIARMfON.
CLÉOPATRE
J'ai VU César, mon frère, Et de tout mon pouvoir combattu sa colère.
Vous êtes généreuse; et j'avais attendu Cet office de somr que vous m'avez rendu. Mais cet illustre amant vous a bientôt quittée.
CLÉOPATRE
Sur quelque brouillerie, en la ville excitée. Il a voulu lui-même apaiser les débats Qu'avec nos citoyens ont eus quelques soldats; Et moi j'ai bien voulu moi-même vous redire Que vous necraiîrniezrienpourvous ni votre enqiirc, Et que le irrand César Ijlàme votre action Avec moins de courroux que de compassion. 11 vous plaint d'écouter ces lâches jtolitiques Quin'insfiirentaux roisque des mœurs tyranniques. Ainsi que la naissance, ils ont les esprits bas; En vain on les élève à régir des Etats : [mande; Un cœur né pour servir sait mal comme on com- Sa puissance l'accable alorsi^u'elle est trop grande; Et sa main que le crime en vain fait redouter, Laisse choir le fardeau qu'elle ne peut porter.
PTOLOMÉE
Vous dites \Tai, ma sœur, et ces effets sinistres Me font bien voir ma faute au choix de mes ministres. Si j'avais écouté de plus nobles conseils. Je vivrais dans la gloire où vivent mes pareils ; Je mériterais mieux cette amitié si pure Que pour un frère ingrat vous donne la nature : César embrasserait Pompée en ce palais; Notre Egypte à la terre aurait rendu la paix. Et verrait son monarcjue encore à juste titre Ami de tous les deux, et peut-être l'arbitre. Mais puisc|ue le passé ne se peut révoquer, Trouvez bon qu'avec vou,s mon cceur s'ose expliquer.
Je vous ai maltraitée, et vous êtes si bonne. Que vous me conservez la vie et la couronne. Vainquez-vous tout à fait et par un digne eflort, Arrachez Achillas et Photin à la mort :
Elle leur est bien due ; ils vous ont offensée ; Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée : Si César les punit des crimes de leur roi, Toute l'ig-nominie en rejaillit sur moi : Il me punit en eux; leur supplice est ma peine. Forcez en ma faveur une trop juste haine. De quoi peut satisfaire un cœur si généreux Le sang abject et vil de ces deux malheureux ? Que je vous doive tout : César cherche àvousplaire, Et vous pouvez d'un mot désarmer sa colère .
CLÉOPATRE
Si j'avais en mes mains leur vie et leur trépas,
Je les méprise assez pour ne m'en venger pas ;
Mais sur le grand César je puis fort peu de chose,
Quand le sang de Pompée à mes désirs s'oppose.
.le ne me vante pas de le pouvoir fléchir ;
J'en ai déjà parlé, mais il a su gauchir ;
Et, tournant le discours sur une autre matière,
IT n'a ni refusé ni soutfert ma prière.
Je veux bien toutefois encor m'y hasarder,
Mes efforts redoublés pourront mieux succéder,
Et j'ose croire...
PTOLOMÉE
Il vient; souffrez que je l'évite :
Je crains que ma présence à vos yeux ne l'irrite. Que son courroux ému ne s'aigrisse à me voir; Et vous agirez seule avec plus de pouvoir.
CÉSAR, CLÉOPATRE, ANTOINE, LÉPIDE, CHARMION, ACHORÉE, romains.
CÉSAR
Reine, tout est paisible et la ville calmée. Qu'un trouble assez léger avait trop alarmée. N'a plus à redouter le divorce intestin Du soldat insolent et du peuple mutin.
Mais, (j dieux ! ce moment que je vous ai quittée D'un trouble bien plus grand a mon âme agitée! Et ces soins importuns, qui m'arrachaient de vous, Contre ma grandeur même allumaient mon cour- Je lui voulais du mal de m'ètre si contraire, [roux. De rendre ma présence ailleurs si nécessaire ;