SCÈNE III
GÉRONTE, DORANTK, CLITON.
GÉRONTE
Ètes-vous gentilhomme ?
DORANTE, " pa''f •
Ah : rencontre fâcheuse !
[haut.) , ,
Étant sorti de vous, la chose est peu douteuse.
GÉRONTE
Croyez-vous qu'il suffit d'être sorti de moi ?
DORANTE
Avec toute la France aisément je le croi.
GÉRONTE
Et ne savez-vou3 point avec toute la France D'où ce titre d'honneur a tiré sa naissance, Et que la vertu seule a mis en cehaut rang Ceux qui l'ont jusqu'il moi faitpasserdansleursang?
DOUANTE.
J'ignorerais un point que n'ignore personne,
Que la vertu l'acquiert, comme le sang le donne.
GÉRONTE
Où le sang a manqué, si la vertu l'acquiert,
Où le sang l'a donné, le vice aussi le perd.
Ce qui nait d'un moyen périt par son contraire :
Tout ce que l'un a fait, l'autre le peut défaire ;
Et, dans la lâcheté du vice où je te voi.
Tu n'es plus gentilhomme, étant sorti de moi.
DORANTE
Moi ?
Laisse-moi parler, toi, de qui l'imposture Souille honteusement ce don de la nature : Qui se dit gentilhomme, et ment comme tu fais, il ment quand il le dit, et ne le fut jamais. Est-il vice plus bas ? est-il laciie plus noire. Plus indigne d'un homme élevé pour la gloire ? Est-il quelque faiblesse, est-il quelque action Dont un cceur vraiment noble ait plus d'aversion. Puisqu'un seul démenti lui porte une infamie Qu'il ne peut eti'acer s'il n'expose sa vie. Et si dedans le sang il ne lave l'aflront Qu'un si honteux outrage imprime sur son front ?
DORANTE
Qui vous dit que je mens ?
GÉRONTE
Qui me le dit, infâme ?
Dis-moi, si tu le peux, dis le nom de ta femme. Le conte qu'hier au soir tu m'en fis publier...
CLiTON, bas, à Dorante.
Dites que le sommeil vous l'a fait oublier.
GÉRONTE
Ajoute, ajoute encore avec effronterie
Lé nom dfe ton beau-père et de sa seigneurie;
Invente à m'éblouir quelques nouveaux détours.
CLITON, bas, à Dorante.
Appelez la mémoire ou l'esprit au secours.