CLÉOPATRE, ANTIOCHUS, LAONICE
CLÉOPATRE
Eh hien! Anlioclius, vous dois-je la couronne?
ANTIOCHl'S.
Madame, vous savez si le ciel me la donne.
CLÉOPATRE
Vous savez mieux que moi si vous la méritez.
ANTIOCHUS
Je sais que je péris si vous ne m'écoulez.
CLÉOPATRE
ï'n peu trop lent peut-être à servir ma colère,
Vous vous êtes laissé ])révenir par un frère:
11 a su me venger quand vous délibériez.
Et je dois à son bras ce que vous espériez.
Je vous eu plains, mon fils, ce malheur est extrême :
C'est périr en ellet que perdre un diadème.
Je n'y sais qu'un remède, encore est-il fâcheux.
Étonnant, incertain, et triste pour tous deux ;
Je [)érirais moi-même avant que de le dire:
Mais enlln on perd tout quand on perd un emplie.
ANTIOCUUS.
Le remède à nos maux est tout en voire main, Et n'a rien de fàclieux, d'étonnant, d'incertain; Votre seule colèie a fait notre infortune. Nous perdons tout, madame, en perdantRodogune. Nous l'adorons tous deux ;jugez en quels tourments Nous jette la rigueur de vos commandements.
L'aveu dé cet amour sans doute vous offense; Mais enfin nos malheurs croissent par le silence. Et voire ca^ur qu'aveugle un pou d'inimitié, S'il ignore nos maux, n'en peut prendre pitié. Au point où je le vois, c'en est le seul remède.
CLÉOPATRE
Quelle aveugle fureur vous-même vous possède ! Avez-vous oublié que vous parlez à moi? Ou si vous présumez être déjà mon roi?
ANTIOCHUS
Je tâche avec respect à vous faire connaîlre Les forces d'un amour que vous avez fait naître.
CLÉOPATRE
Moi, j'aurais allumé cel insolent amour ?