‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 311 sur 373 · ACTE IV, SCÈNE III. 3G · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III. 3G

ANTIOCHUS

Et quel autre prétexte a fait notre retour ? Nous avez- vous mandés quafin qu'un droit d'aînesse Donnât à l'un de nous le trône et la princesse ? Vous avez bien fait plus, vous nous l'avez fait voir ; Et c'était par vos mains nous mettre en son pouvoir. Qui de nous deux, madame, eiU osé s'en défendre, Quand vous nous ordonniez à tous deux d'y préten- Si sa beauté dés lors n'oùt allumé nos feux, '^dre? Le devoir auprès d'elle eût attaché nos vonix ; Le désir de ré.s-ner eût fait la même chose ; Et dans l'ordre des lois que la paix nous impose, ISous devions aspirer à sa possession Par amour, par devoir, ou par ambition. Nous avons donc aimé, nous avons cru vous plaire; Chacun do nous n'a craint que le boidicurdun frère : Et celle crainli' enfin cédant à l'amilié. J'implore pour Ions deux un moment do initié. Avons-nous dû prévoir cette haine cachée, Que la foi des traités n'avait point arrachée ?

CLÉOPATRE

Non, mais vous avez dû tarder le souvenir Des hontes que j)our vous j'avais su prévenir, Et de l'indie-ne état où votre Rodoirune, Sans moi, sans moncourag-e, eût mis votre fortune. Je croyais que vos conirs, sensibles à ces coups. En sauraient conserver un généreux courroux ; Et je le retenais avec ma douceur feinte. Afin que grossissant sous un peu de contrainte. Ce torrent de colère et de ressentiment Fût plus impétueux en son débordement.

Je fais plus maintenant : je presse, sollicite. Je commando, menace, et rien ne vous irrite. Le sceptie, dont ma main vous doit récompenser. N'a point de quoi vous faire un moment balancer ; Vous ne considérez ni lui, ni mon injure; L'amour étouli'e en vous la voix de la nature: Et je pourrais aimer des fils dénaturés !

ANTIOCHUS

La nature et l'amour ont leurs droits séparés; L'un n'ôtcfjoint à l'autre une âme qu'il possède.

CLÉOPATRE

Non, non ; où l'amour règne il faut que l'autre cède.

AMIOCIILS.

Leurs charmes à nos cœurs sont ég-alemeut doux.

SIO RODOGUNE, TRAGÉDIE.

Nous périrons tous deux s'il faut périr pour vous ; Mais aussi...

CLÉOPATRE

Poursuivez, fils ingrat et rebelle.

ANTIOCHUS

Nous périrons tous deux s'il faut périr pour elle.

CLÉOPATRE

Périssez, périssez, votre rébellion

Mérite plus d'horreur que de compassion.

Mes yeux sauront le voir sansverser une larme,

Sans regarder envousque l'objet qui vous charme;

Et je triompherai, voyant périr mes fils,

De ses adorateurs et de mes ennemis.

ANTIOCHUS

Eh bien! triomphez-en, que rien ne vous retienne: Votre main Iremble-t-elle? y voulez-vouslamienne? Madame, commandez, je suis prêt d'obéir; Je percerai ce cœur qui vous ose trahir: Heureux si par ma mort je puis vous satisfaire, Et noyer dans mon sang toute votre colère. Mais si la dureté de votre aversion Nomme encor notre amoui- une rébellion.

Du inoins souvenez-vous qu'elle n'a pris pour armes Que de faibles soupirs et d'impuissantes larmes.

Ah ! que n'a-t-elle pris et la flamme et le fer! Que bien plus aisément j'en saurais triompher! Vos larmes dans mon cœur ont trop d'intelligence; Elles ont presque éteint cette ardeur de vengeance ! Je ne puis refuser des soupirs à vos pleurs; Je sens que je suis mère auprès de vos douleurs. C'en est fait, je me rends, et ma colère expire. Rodogune est à vous aussi bien que l'empire ; Rendez grâces aux dieux qui vous ont fait l'ainé : Possédez-la, régnez.

ANTIOCHUS

0 moment fortuné!

0 trop heureuse fin de l'excès de ma peine ! Je rends grâces aux dieux qui calment votre haine. Madame, est-il possible?

CLÉOPATRE

En vain j'ai résisté, La nature est trop forte, et mon cœur s'est dompté. Je ne vous dis plus rien, vous aimez votre mère, Et votre amour pour moi taira ce qu'il faut taire.

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