SCÈNE Vl
n. DIÈGUE, D. RODRIGLE.
D. DIÈGLE.
Rodrigue, enfin le ciel permet que je le voie.
D. RODRIGLE.
liélas !
D. DIÈOIE.
Ne mêle point de soupirs à ma joie :
Laisse-moi prendre haleine afin de te louer. Ma valeur n'a point lieu de te désavouer :
Tu ]"as bien imitée, et ton illustre audace Fait bien revivre en toi les béfos de ma race: C'est d'eux quetu descends, c'estde moi quetu viens ; Ton premier coup d'épée é?ale tous les miens: Et d'une belle ardeur ta jeunesse animée Par cette grande épreuve atteint ma renommée. Appui de ma vieillesse, et coml)le de mon heur. Touche ces cheveux blancs à qui turends l'iionneui-; Viens ])aiser cette joue, et reconnais la place Où l'ut enq)reint l'atlVont que ton courage eflface.
D. RODRIGUE [moius
L'honneur vous en est dû ; les cieux me sont té- Qu'étant sorti de vous je ne pouvais pas moins. Je me tiens troj» heureux, et mon âme est ravie Que mon coup d'essai plaise à qui je dois ha vie: Mais parmi vos plaisirs ne soyez point jaloux Si je m'ose à mon tour satisfaire après vous. Souliiez qu'en liberté mon désespoir éclate; Assez et troj» longtemps votre discours le ilatte. Je ne me repens point de vous avoir servi ; Mais rendez-moi le bien que ce coup m'a ravi. Mon bras pour vous venger, armé contie ma flamme, Par ce coup glorieux m'a privé de mon àme. Ps'e me dites plus rien ; pour vous j'ai tout perdu : Ce que je vous devais, je vous l'ai bien rendu.
D. DIKGLE.
Porte, porte plus haut le fruit de ta victoire. Je t'ai donné la vie, et tu me rends ma gloire; Et d'autant (|ue l'honneur m'est plus cher que le jour. D'autant ])lus maintenant je te dois de retour. Mais d'un cœur magnanime éloigne ces faiblesses ; iNous n'a vous qu'un honneur, il est tant de mai tresses! L'amour n'est qu'un plaisii-, l'honneur est un devoir.
D. RODRIGLE.
Ah 1 que jne dites-vous ?
D. DIÈGLE.
Ce que tu dois savoir.
D. RODRIGUE
Mon honneur offensé sur moi-même se venge: Et vous m'osez pousser à la honte du chq^nge 1 Linfamie est pareille, et suit également Le guerrier sans courage, et le perfide amant. A ma fidélité ne faites point d'injure; Soutî'iez-moi généreux sans me rendre parjure; Mi's liens siiiil trop forts pour être ainsi rompus;