ACTE III, SCENE VI
Ma foi m'engage encor si je n'espère plus;
Et, ne pouvant quitter ni posséder Cliimène,
Le trépas que je clierclie est ma plus douce peine.
D. DIÈGLE.
Il n'est pas temps encor de chercher le trépas ; Ton prince et ton pajs ont besoin de ton bras. La flotte qu'on craignait, dans ce grand tleuve entrée, Croit surjirendre .la ville et piller la contrée. Les Maures vont descendre; et le flux et la nuit Dans une heure à nos murs les amènent sans bruit. La cour est en désordre, et le peuple en alarmes; On n'entend que des cris, on ne voit que des larmes. Dans ce malheur public mon bonheur a permis Que j'ai trouvé chez moi cinq cents de mes amis, Qui, sachant mon atfront, poussés d'un même zèle, Se venaient tous oflrir à venger ma querelle. Tu les as prévenus ; mais leurs vaillantes mains Se tremperont bien mieux aux sang des Africains. Va marcher à leur tète oii l'honneur te demande: C'est toi que veut pour chef leur généreuse bandp. De ces vieux ennemis va soutenir l'abord: Là, si tu veux mourir, trouve une belle mort : Prends-en l'occasion, puisqu'elle t'est offerte : Fais devoir à ton roi son salut à ta peite : Mais reviens-en plutôt les palmes sur le front. Ne borne pas ta gloire à venger un affront. Porte-la plus avant, force par ta vaillance Ce monarque au pardon, et Chimène au silence : Si tu l'aimes, apprends que revenir vainqueur C'est l'unique moyen de regagner son cœur. Mais le temps est trop cherpourleperdreenparoles: Je t'arrête en discours, et je veux que tu voles. Viens, suis-moi, va combattre, et montrer à ton loi Que ce qu'il perd au comte il le lecouvre en toi.