ACTE III, SCÈNE II. 4H
La grandeur de courage en une âme royale N'est sans celle vcrlu «[u'une veiiu lnulale, Que son mérite aveugle, elqu'un faux jour d'honneur Jette en un tel divorce avec le vrai bonheur, Qu'elie-niènie se livre à ce qu'elle doit craindre, Ne se fait adniirt'r que pour se taire jilaindre. Que pour nous pouvoir dire, après un grand soupir, « J'avais droit de régner, et n'ai su m'en servir. » Vous irritez un roi dont vous voyez l'armée Nond)reuse, obéissante, à vaincre accoutumée: Vous êtes en ses mains, vous vivez dans sa cour.
LAODICE
Je ne sais si l'honneur eut jamais un faux jour, Seigncui-; mais je veux ])ien vousrépoiidreen amie.
Ma prudence n'est pas tout à fait endormie; Et, sans examiner par quel destin jaloux La grandeur de courage est si mal avec vous, Je veux vous faire voir que celle que j'étale N'est pas tant cpail vous semble une vertu lirulale : Que, si jai droit au trùne, elle s'en veut servir. Et sait bien repousser qui me le veut ravir.
Je vois sur la frontiértî une puissante armée, tomme vous lavez dit, à vaincre accoutumée; Mais |iar (pielle conduite, et sous quel général? Le roi, s'il s'en fait fort, pourrait s'en trouver mal, Et, s'il voulait passer de son pays au nôtre, Je lui conseillerais de s'assurer d'un autre.^ Mais je vis dans sa cour, je suis dans ses Etats, Et j'ai peu de raison de ne le craindre pas. Seigneur, dans sa cour même, et hors de l'Arménie La vertu trouve appui contre la tyrannie. Tout son peuple a des yeux pour voir quel attentat Font sur le bien public les maximes d'État: Il tonnait Nicoméde, il connaît sa marâtre, 11 en sait, il en voit la haine opiniâtre; Il voit la servitude où le roi s'est soumis, Et connaît d'autant mieux ses dangereux amis.
Pour moi. que vous croyez au bord du précipice. Bien loin de mépriser Atïale par caprice, J'évite les mépris qu'il recevrait de moi S'il tenait de ma main la qualité de roi. Je le regarderais comme une àme commune, Comme un hommemieuxnépour uneaulrefortune. Plus mon sujet qu'époux ; et le nœud conjugal Ne le tirerait pas de ce rang inégal
Mon peuple à mon exemple en ferait peu d'estime. Ce serait trop, seigneur, pour un cœur magnanime : Mon refus lui fait grâce, et, malgré ses désirs, J'épargne à sa vertu d'éternels déplaisirs.
FLAMINILS.
Si vous me dites vrai, vous êtes ici reine : Sur l'armée et la cour je vous vois souveraine; Le roi n'est cju'une idée, et n'a de son pouvoir Que ce que par pitié vous lui laissez avoir. Quoi! même vous allez jusques à faire grâce! Après cela, madame, excusez mon audace; Souffrez que Rome enfin vous parle par ma voix : Recevoir ambassade est encor de vos droits; Ou, si ce nom vous choque ailleurs qu'en Arménie, Comme simple Romain souffrez que je vous die Qu'être allié de Rome, et s'en faire un appui, C'est l'uniijue moyen de régner aujourd'hui; Que c'est par làqu'on tient ses voisins en contrainte, Ses peuples en repos, ses ennemis en crainte; Qu'un prince est dans son trône à jamais affermi Quand il est honoré du nom de son ami; Qu'Attale avec ce titre est plus roi, plus monarque Que tous ceux dont le front ose en porter la marque; Kt qu'enfin...
LAODICE
Il suffit; je vois bien ce que c'est : [plaît; Tous les rois ne sont rois qu'autant comme il vous Mais si de leurs États Rome ù son gré dispose. Certes pour son Attale elle fait peu de chose ; Et qui tient en sa main tant de quoi lui donner A mendier [tour lui devrait moins s'obstiner. Pour un prince si cher sa réserve m'étonne : Que ne me l'offrc-t-elle avec une couronne? C'est trop m'iniportuner en faveur d'un sujet Moi qui tiendrais un roi pour un indigne objet. S'il venait par votre ordre, et si votre alliance Souillait entre ses mains la suprême puissance. Ce sont des sentiments que je ne puis trahir: Je ne veux point de rois qui sachent obéir ; Et puisque vous voyez mon âme tout entière, Seigneur, ne perdez plus menace ni prière.
FLAMINIUS
Puis-je ne pas vous plaindre en cet aveuglement? Madame, encore un coup, pensez-y mûrement: Songezmieuxce qu'estRome,etcequ'ellepeut faire