‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 345 sur 373 · ACTE III, SCÈNE III. 'il · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. 'il

Et si VOUS VOUS aimez, craignez de lui déplaire. Carthage étant détruite, Antiochus défait, Rien de nos volontés ne peut troubler l'eilet: Tout iléchitsurla terre, et tout tremble sur l'onde; Et Rome est aujourd'hui la maîtresse du monde.

LAODICE

La maîtresse du monde 1 Ah ! vous me feriez peur S'il ne s'en fallait pas l'Arménie et mon cœur, Si le grand Annibal n'avait qui lui succède, S'il ne revivait pas au prince Nicomède, Et s'il n'avait laissé dans de si dignes mains L'infaillible secret de vaincre les Romains. Un si vaillant disciple aura bien le courage D'en mettre jusqu'au bout les leçons en usage: L'Asie en fait l'épreuve, où trois sceptres conquis .Font voir en quelle école il en a tant appris, [être Ce sont des coups d'essai, mais si grands que peut- Le Capitoleadroit d'en craindre uncoupdemaitre, Et qu'il ne puisse un jour...

ILAMINllS.

Ce jour est encor loin, Madame, et quelques-uns vous diront, au besoin. Quels dieux du haut en bas renversent lesprofanes, Et, que même au sortir de Trébie et de Cannes, Son ombre épouvanta votre grand Annibal. Mais le voici ce bras à Rome si fatal.

NICOMÈDE, LAODICE, FLAMLNIUS.

NICOMÈDE

OuRome àsesagents donne un pouvoir bien large. Ou vous êtes bien long à faire votre charge.

FLAMIMLS.

Je sais quel est mon ordre ; et, si j'ea sors ou non, C'est à d'autres qu'à vous que j'en rendrai raison.

•NICOMÈDE

Allez donc, de grâce et laissez à ma flamme Le bonheur à son tour d'entretenir madame : Vous avez dans son cœur fait de si grand progrès, Et vos discours pour elle ont de si grands attraits. Que sans de grands elforts je n'y pourrai détruire Ce que votre harangue y voulait introduire.

l'LAMIMLS.

Les malheurs où la plonge une indigne amitié Me faisaient lui donner un conseil par pitié.

MCOMÈDE.

Lui donner de la sorte un conseil charitable, C'est vÀre ambassadeur et tendre et pitoyable.

Vous a-t-il conseillé beaucoup de lâchetés, Madame ?

FLAMIMUS,

Ah ! c'en est trop ; et vous vous emportez. nicomi;de.

Je m'emporte ?

FLAMIMLS.

Sathez qu'il n'est point de contrée Où d'un ambassadeur la dignité sacrée...

MCOMÈDE.

Ne nousvantez plus tant son rang et sa splendeur Qui fait le conseiller n'est plus ambassadeur ; 11 excède sa charge, et lui-mèmo y renonce. Mais ditcs-nioi, madame, a-t-il eu sa réponse ?

LAODICE

Oui, seigneur.

MCOMÈDE.

Sachez donc que je ne vous prends plus Que pour l'agent d'Âttale, et pour Flaminius ; Et, si vous me fâchiez, j'ajouterais peut-être Que pour rem](oisonneur d'An nibal, de mon maître. Voilà tous les honneurs que vous aurez de moi : S'ils ne vous satisfont, allez vous plaindre au roi.

l'LAMlMUS.

Il me fera justice, encor qu'il soit bon père ; Ou Rome à son refus se la saura bien faire.

^•IC0MÈDE

Allez de l'un et l'autre embrasser les genoux.

FLAMIMUS.

Les effets répondront ; prince, pensez à vous.

MCOMÈDE.

Cet avis est plus propre à donner à la reine.

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