‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 363 sur 373 · ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE I

A présent que le sort t'a mis au-dessus d'elle. Son trône, et non ses yeux, avait dû le cliarincr. Tu vas ri'irner sans elle; à (juel |tro[ios ruiincr? Porte, porte ce coîur à de plus douces chaînes. Puisque le voilà roi, l'Asie a d'autres reines, Qui, loin de le donner des ri,i,'ueurs à soulfrii". T'éparjrneront bientôt la peine de t'ollrir.

ATTALK.

Mais madame...

ARSI.NOÉ.

Kh bien ! soil, je veux qu'elle se rende : Pn'-vois-tu les malheurs qu'ensuile j'appréhende? .Sitôt que d'Arménie elle t'aina fait roi, Elle t'enirafrera dans sa haine pour moi. Mais ô dieux ! pouira-l-elle y l)orner sa veng'eance? Pourras-lu datis son lit dormir en assurance? Et refusera-l-elle à son ressentiment Le fer ou le poison pour veneer son amant? Qu'est-ce qu'en sa fureur une femme n'essaie?

ATTALK.

Que de fausses raisons [tour me cacher la vraie! Rome, (jui n'aime pas à voir un [tuissant roi, L'a craint en Nicomède, et le craindrait en moi. Je ne dois plus prétendre à l'hymen d'une reine. Si je ne veux déplaire à notre souveraine; El |iuis(iue la fâcher ce cerail me trahir, Alin (juelle me soutl're, il vaut mieux obéir. Je sais par quels moyens sa safresse profonde S achemine à grands pas a l'empire du monde. Aussitùl qu'un État devient un peu trop grand, Sa chute doit guérir l'ombrage qu'elle en prend. C'est blesser les Romains que faire une conquête, Que mettre trop de bras sous une seule télé ; '

Et leur guerre est trop juste après cet attentat Que fait sur leur grandeur un tel crime d'État, [mes. Eux, qui pour gouverner sont les premiers des hom- Veulent (pie sous leur ordre on soil ce que nous som- Veulentsur tous les rois un si haut ascendant [mes, Que leur empire seul demeure indépendant.

Je les connais, madame, et j'ai vu cet ombrage Détruire Anliochus, et renverser Charthage. Depeur de choir comme eux, je veux bien m'abaisser. Et cède à des raisons que je ne puis forcer. D'autant plus justement mon impuissance y cède. Que je vois qu'en leurs mains on livre Nicomède.

Ua si grand ennemi leur répond de ma foi. C'est un lion tout prêt à déchaîner sur moi.

ARSINOÉ

C'est de quoi je voulais vous faire confidence: Mais vous nie ravissez d'avoir celte prudence. Le temps pourra changer; cependant prenez soin D'assurer des jaloux dont vous avez besoin.

Page 1