ACTE IV, SCENE III
Et, se tenant cachée, aide à mon stratagème ; Et je feins liardiment d'avoir reçu de vous L'ordre qu'on me voit suivre et que je donne à tous. Cette obscure clarté qui tombe des étoiles Enfin avec le tlux nous fait voir trente voiles; L'onde s'entle dessous, et d'un commun effort Les Maures et la mer montent jusques au porl. On les laisse passer ; tout leur parait tranquille; Point de soldats au port, point aux murs de la ville. Notre profond silence abusant leurs esprits. Ils n'osent plus douter de nous avoir surpris; Ils abordent sans peur, ils ancrent, ils descendent, Et courent se livrer aux mains qui les attendent. Nous nous levons alors, et tous en même temps Poussons jusques au ciel mille cris éclatants. Les nôtres, à ces cris, de nos vaisseaux répondent; Ils paraissent armés, les Maures se confondent, L'épouvnnte les prend à demi descendus ; Avant que de combattre ils s'estiment perdus. Ils couraient au pillage, et rencontrent la guerre; Nous les pressonssur l'eau, nous les pressons sur ter- Et nous faisons courir des ruisseaux de leur sang, [re. Avant qu'aucun résiste ou reprenne son rang. Mais bientôt, malgré nous, leurs princes les rallient, Leur courage renaît, et leurs terreurs s'oublient: La honte de mourir sans avoir combattu Arrête leur désordre, et leur rend leur vertu. Contre nous de pied ferme ils tirent leurs épées; Des plus braves soldats les trames sont coupées; Et la terre, et le tleuve, et leur flotte, et le port, Sont des champs de carnage où triomplie la mort. 0 combien d'actions, combien d'exploits célèbres. Sont demeurés sans gloire au milieu des ténèbres, Où chacun, seul témoin des grands coups qu'il don- Ne pouvait discerner où le sort inclinait ! [nait, J'allais de tous côtés encourager les nôtres. Faire avancer les uns et soutenir les autres. Ranger ceux qui venaient, les pousser à leur tour, Et ne l'ai pu savoir jusques au point du jour. Mais enfin sa clarté montre notre avantage ; Le Maure voit sa perte, et soudain perd courage: Et voyant un renfort qui nous vient secourir. L'ardeur de vaincre cède à la peur de mourir. Ils gagnent leurs vaisseaux, ils en coupent les câbles. Poussent jusques aux cieux des cris épouvantables,
Font retraite en tumulte, et sans considérer Si leurs rois avec eux peuvent se retirer. Pour souffrir ce devoir leur frayeur est trop forte ; Le tlux les apporta, le reflux les remporte; Cependant que leurs rois, engagés paimi nous, Et quelque peu des leurs, tous percés de nos coups, Disputent vaillamment et vendent bien leur vie. A se rendre moi-même en vain je les convie; Le cimeterre au poing ils ne m'écoutent pas: Mais voyant à leurs pieds tomber tous leurs soldats. Et que seuls désormais en vain ils se défendent. Ils demandent le chef; je me nomme, ilsse rendent. Je vous les envoyai tous deux en même temps; Et le combat cessa faute de combattants. C'est de celte façon que pour votre service...