‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 37 sur 373 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

D. FERNAND, D. DIÈGl'H, I). ARIA.S, 1). RODHKJL'K, D. SANClli;.

D. FERXAND.

Généreux liérilier d'une illustre famille

Qui fut toujours la gloire et l'appui de Castillc,

Race de tant d'aïeux eji valeur signalés,

Que l'essai de la tienne a sitôt égalés,

Pour te récompenser ma force est trop petite ;

Et j'ai moins de pouvoir que tu n'as de mérite.

Le pays délivré d'un si rude ennemi.

Mon sceptre dans ma main par la tienne affermi,

Et les Maures défaits avant (ju'en ces alarmes

J'eusse pu donner ordre à repousser leurs armes,

Ne sont point des exploits qui laissent à ton roi

Le moyen ni l'espoir de s'acquitter vers toi.

Mais deux rois tes captifs feront ta récompense :

Ils t'ont nommé tous deux leur Cid enmaprésenc(\

Puisque Cid en leur langue est autant que seigneui-,

Je ne t'envirai pas ce beau titre d'bonueur.

Sois désormais le Cid; qu'à ce grand nom tout cède :

Qu'il comble d'épouvante et Grenade et Tolède,

Et qu'il marque à tous ceux qui vivent sous mes lois

Et ce que tu me vaux, et ce que je te dois.

D. RODRIGLE.

Que voire majesté, sire, épargne ma lionle.

D'un si faible service elle fait trop de compte, Et me force à rougir devant un si grand roi De mériter si peu l'honneur que j'en reçoi. Je sais trop que je dois au bien de votre empire, Et le sang qui m'anime, et l'air que je respire ; Et ({uand je les perdrai pour un si digne objet, Je ferai seulement le devoir d'un sujet.

D. FERNAND

Tous ceux que ce devoir à mon service engage Xe s'en acquittent pas avec même courage ; Et lorsque la valeur ne va point dans l'excès, Elle ne pi-oduit point de si raines succès. Souffre donc qu'on le loue, et de cette victoire Apprends-moi plus au long la vérita])le histoire.

D. RODRIGUE

Sire, vous avez su qu'en ce danger pressant,

Qui jeta dans la ville un etfroi si puissant,

l'ne troupe d'amis chez mou père asseml)lée

Sollicita mon àme encor toute troublée...

Mais, sire, pardonnez à ma témérité,

Si j'osai l'employer sans votre autorité ;

Le péril approchait ; leur brigade était prête;

Me montrant à la cour, je hasardais ma tête :

Et, s'il la fallait perdre, il m'était bien plus doux

De sortir de la vie en combattant pour vous.

D. FERNAND

J'excuse ta chaleur à venger ton offense ; Et l'État défendu me parle en ta défense : Ca'ois que dorénavant Chimène a beau parler, Je ne l'écoute plus que pour la consoler. Mais poursuis.

D. RODRIGUE

Sous inoi donc cette troupe s'avance, VA porte sur le front une mâle assurance. Nous partimescinq cents ; mais, par un promptren- Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port, [fort, Tant., à nous voir marcher avec un tel visage, Les plus épouvantés reprenaient de courage! J'en cache les deux tiers, aussitôt qu'arrivés. Dans le fond des vaisseaux qui lors furent trouvés: Le reste, dont le nombre augmentait h toute heure, Brûlant d'impatience, autour de moi demeure, Se couche contre terre, et sans faire aucun bruit Passe une bonne part d'une si belle nuit. Par mon commandement la gardeenfaitdemênie,

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