‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 40 sur 373 · ACTE IV, SCÈNE y. M · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE y. M

Il est mort à nos yeux des coups qu'il a reçus ; Rendez grâces au ciel qui vous en a vengée.

{à D. Diégne.) Voyez comme déjà sa couleur est cliangée.

D. DIÈGUE

Mais voyez qu'elle pâme, et d'un amour parfait, Dans cette pâmoison, sire, admirez l'eflet. Sa douleur a trahi les secrets de son âme, Et ne vous permet plus de douter de sa flamme.

CIIIilÈNE.

Quoi 1 Rodrigue est donc mort?

D. FEUNAND.

><on, non, il voit le jour, Et te conserve encore un immuable amour: Calme cette douleur qui pour lui s'intéresse.

CHiMÈNE.

Sire, on pâme de joie, ainsi que de tristesse: Un excès de plaisir nous rend tout languissants; Et quand il surprend l'âme, il accable les sens.

D. FERNAND

Tu veux qu'en ta faveur nous croyions l'impossible? Chimène, ta douleur a paru trop visible.

CHIUÈNE.

Eh bien ! sire, ajoutez ce comble à mon malheur, Nommez ma pâmoison l'etlet de ma douleur: Un juste déplaisir à ce point m'a réduite; Son trépas dérobait sa tête à ma poursuite; S'il meurt des coups reçus pour le bien du pays, Ma vengeance est perdue et mes desseins trahis: Une si belle fin m'est trop injurieuse. Je demande sa mort, mais non pas glorieuse, Non pas dans un éclat qui l'élève si haut, Non pas au lit d'honneur, mais sur un échafaud ; Qu'il meure pour mon père, et non pour la patrie; Que son nom soit taché, sa mémoire flétrie. Mourir pour le pays n'est pas un triste sort ; C'est s'immortaliser par une belle mort. J'aime donc sa victoire, et je le puis sans crime; Elle assure l'État, et me rend ma victime, Mais noble, mais fameuse entre tous les guerriers, Le chef, au lieu de Heurs, couroné de lauriers; Et pour dire en un mot ce que que j'en considère, Digne d'être immolée aux mânes de mon père. Hélas ! à quel espoir me laissé-je emporter? Rodrigue de ma part n'a rien à redouter;

Que pourraientcoiitreliii de.slarmcsqii'on méprise ; Pour lui tout votre empire e4 un lieu de franchise ; Là, sous votre pouvoir, tout lui devient permis; Il triomphe de moi comme des ennemis.

Dans leur sang répandu la justice éloullee Au crime du vainqueur sert d'un nouveau trophée; iNous en croissons la pompe, et le mépris des lois Nous fait suivre son char au milieu de deux rois.

D. FERNAND

Ma fdle, ces transports ont trop de violence. Quand on rend la justice on met tout en balance. On a tué ton père, il était Tagresseur ; Et la même équité m'ordonne la douceur. Avant (pie d'accuser ce que j'en fais paraître, (Consulte bien ton cœur; Rodrigue en est le maître. VA ta tlamme en secret rend grâces à ton roi, Dont la faveur conserve un tel amant pour toi.

CHIMÈNE

Pour moi ! mon ennemi ! l'objet de ma colère 1 L'auteur de mesmalheurs! l'assassin de mon pèrel De ma juste poursuite on fait si peu de cas Qu'on me croit obliger en ne m'écoutant pas! Puisque vous refusez la justice à mes larmes, Sire, permettez-moi de recourir aux armes; C'est par là seulement qu'il a su m'outrager, Et c'est aussi par là que je me dois venger. A tous vos cavaliers je demande sa tête ; Oui, qu'un d'eux meï'apporte,etjesuissa conquête ; Qu'ils le combattent, sire ; et le combat fini. J'épouse levainqueur, si Rodrigue est puni. Sous votre autorité soutirez qu'on le publie.

D. FERNAND

Cette vieille coutume en ces lieux établie, Sous couleur de punir un injuste attentat. Des meilleurs combattants ali'aiblit un État; Souvent de cet abus le succès dé|ilorable Opprime l'innocent et soutient le coupable. J'en dispense Rodrigue ; il m'est trop précieux Pour l'exposer aux coups d'un soi t capricieux ; Et quoi qu'ait pu commettre un cœur si magnanime, Les Maures en fuyant ont emporté son crime.

D. DIÈGLE.

Quoi ! sire, pour lui seul vous renversez des lois Qu'a vu toute la cour observer tant de fois! Que croira votre peuple, et que dira l'envie,

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