‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 65 sur 373 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Commencez par sa sœur à répandre son sang-, Commencez par sa femme à lui percer le flanc, Commencez par Sabine à faire de vos vies Cn di^ne sacrifice à vos chères patries : Vous êtes ennemis en ce combat fameux.

Vous d'Albe, vous de Rome, et moi de toutes deux. Quoi ! me réservez-vous à voir une victoire Où, pour haut appareil d'une pompeuse gloire. Je verrai les lauriers d'un frère ou d'un mari Fumer encor d'un sang- que j'aurai tant chéri ? Pourrai-je entre vous deux régler alors mon àme, Satisfaire aux devoirs et de sœur et de femme, Embrasser le vainqueur en pleurant le vaincu ? Non, non, avant ce coup Sabine aura vécu : Ma mort le préviendra, de qui que je l'obtienne ; Le refus de vos mains y condamne la mienne. Sus donc, qui vous retient? Allez, cœurs inhumains, J'aurai trop de moyens pour y forcer vos mains ; Vous ne les aurez point au combat occupées, Que ce corps au milieu n'arrête vos épées ; Et, malgré vos refus, il faudra que leurs coups Se fassent jour ici pour aller jusqu'à vous.

HORACE

0 ma femme !

CURIACE

G ma sœur !

CAMILLE

Courage ! ils s'amollissent.

SABINE

Vous poussez des soupirs ! vos visag-es pâlissent ! Quelle peurvoussaisit? Sont-ce là cesg-rands cœurs. Ces héros qu'AlbeetRome ont pris pour défenseurs?

HORACE

Que t'ai-je fait, Sabine? et quelle est mon ofi"ense. Qui t'oblig-e à chercher une telle vengeance ? Que t'a fait mon honneur ? et par quel droit viens- Avec toute ta force attaquer ma vertu ? [tu

Du moins contente-toi de l'avoir étonnée, Et me laisse achever cette grande journée. Tu me viens de réduire en un éti'ange [loint ; Aime assez ton mari pour n'en triompher point. Va-t'en, et ne rends plus la victoire douteuse ; La dispute déjà m'en est assez honteuse. Souffre qu'avec honneur je termine mes jours.

Va, cesse de me craindre ; ou vient à ton secours.

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