‹ Théatre choisi (volume 3)Chapitre 64 sur 373 · HORACE, SABINE, CORIACE, CAMILLE · texte numérisé non relu

HORACE, SABINE, CORIACE, CAMILLE

CUniACE.

Dieux, Sahine le suit ! Pour ébranler mon cœur, Est-ce peu de Camille ? y joignez-vous ma sœur ? Et, laissant à ses pleurs vaincre ce grand courage. L'amenez-vous ici chercher même avantage ?

SABINE

Non, non, mon frère, non, je ne viens en ce lieu Que pour vous embrasser et pour vous dire adieu. Votre sang est trop bon, n'en craignez rien de lâche: Rien doDt la fermeté de ces grands cœurs se fâche: Si ce malheur illustre ébranlait l'un de vous. Je le désavoûrais pour frère ou pour époux. Pourrai-je toutefois vous faire une prière Digne d'un tel époux ou digne d'un tel frère ? Je veux d'un coup si noble ôter l'impiété,^ A l'honneur qui l'attend rendre sa pureté, La mettre en son éclat sans mélange de crimes ; Enfin, je vous veux faire ennemis légitimes. Du saint nœud qui vous joint je suis le seul lien : Quand je ne serai plus, vous ne vous serez rien. Brisez votre alliance, et rompez-en la chaîne ; Et puisque votre honneur veut des effets de haine, Achetez par ma mort le droit de vous haïr : Albe le veut, et Rome ; il faut leur obéir. Qu'un de vous deux me tue, et que l'autre me venge: Alors votre combat n'aura plus rien d'étrange. Et du moins l'un des deux sera juste agresseur, Ou pour venger sa femme, ou pour venger sa sœur. Mais, quoi ? vous souilleriez une gloire si belle, Si vous vous animiez par quelque autre querelle : Le zèle du pays vous défend de tels soins ; Vous feriez peu pour lui si vous vous étiez moins : 11 lui faut, et sans haine, immoler un beau-frère. Ne différez donc plus ce que vous devez faire ;

Page 1