SCENE III
T[:LLE, VALÈRE, lk vieil HORACE, HORACE, SABINE.
SABINE
Sire, écoutez Sabine, et voyez dans son âme
Les douleurs d'une sœur, et celles d'une femme.
Qui, toute désolée, à vos sacrés genoux,
Pleure pour sa famille, et craint pour son époux.
Ce n'est pas que je veuille avec cet artifice
Dérober un coujiable au bras de la justice ;
Quoi qu'il ait fait pour vous traitez-le comme tel,
Et punissez en moi ce noble criminel ;
De mon sang malheureux expiez tout son crime :
Vous ne changerez point pour cela de victime ;
Ce n'en sera point prendre une injuste pitié,
Mais en sacrider la plus chère moitié.
Les nœuds de l'hyménée, et son amour extrême,
Font (pi'il vit plus en moi cpi'il ne vit m lui-même ;
Et si vous m'accordez de mourir aujourd'hui,
U nu)iirra plus en moi qu'il ne mourrait en lui ;
Lamortquejedemande, etqu'il fautque j'obtienne,
Augmentera sa jieine, et finira la mienne.
Sire, voyez l'excès de mes tristes ennuis,
Et l'efïroyable état où mes jours sont réduits.
Quelle horreur d'embrasser un homme dont l'épée
De toute ma famille a la trame coupée !
Et quelle impiété de haïr un époux
Pour avoir bien servi les siens, l'Etat et vous !
Aimer un bras souillé du sang do tous mes frères !
N'aimer pas un mari qui finit nos misères !
Sire, délivrez-moi par un heureux trépas,
Des crimes de l'aimer et de ne l'aimer pas ;
J'en nommerai l'arrêt une faveur bien grande.
Ma main peut me donner ce que je vous demande:
Mais ce trépas enfin me sera bien plus doux.
Si je puis de sa honte affranchir mon époux ;
Si je puis par mon sang apaiser la colère
Des dieux qu'a pu fâcher sa vertu trop sévère,
Satisfaire, en mourant, au mânes de sa sœur,
Et conserver à Rome un si bon défenseur.
LE VIEIL HORACE
Sire, c'est donc à moi de répondre à Valère.